Le philosophe psychopédagogue, s’interroge sur la crédibilité du concept d’unité nationale dans un contexte de climat social conflictogène et plein de crises sociales aiguës. Qu’est-ce qui fonde l’unité nationale d’un peuple ? Autrement dit, dans notre pays le Cameroun, l’unité nationale serait-elle une réalité palpable, ou alors une utopie ? Dans son analyse des sociétés, le sociologue Émile Durkheim nous enseigne que, l’unité d’un peuple repose sur ce qu’il appelle : « les similitudes essentielles ». Chaque peuple a ainsi des éléments d’appréciation de son identité, de ses us et coutumes qui représentent son « way of Live », c’est-à-dire sa manière de vivre.

Le Cameroun, en tant que mosaïque de cultures et de langues, répondrait favorablement à la construction de son unité nationale, si et seulement si, les connexions axiologiques humanisantes, propres à toutes les cultures issues de chaque ethnie, imposaient un vivre-ensemble harmonieux, cohérent et pacifique. Sans prétendre être un cas de l’histoire des civilisations anciennes, ou encore un expert en histoire des origines des peuples, que les ethnologues et archéologues Camerounais de renom auraient déjà eu l’opportunité d’explorer les méandres, nous voulons nous intéresser à l’analyse des facteurs de l’unité nationale dans le cadre spécifique du Cameroun. À cet effet, notre analyse consistera à dégager les avantages et les pesanteurs de notre unité nationale, à l’effet de voir si elle est une réalité, ou une utopie.

Les 232 ethnies minoritaires du Cameroun, vivent dans ce qu’on pourrait appeler une juxtaposition de personnes morales, appartenant à un même territoire national, qui est le Cameroun. Mais cela traduit-il ipso facto l’idée d’unité nationale ? L’unité se définit comme l’action d’unir, c’est-à-dire de rendre égal, d’ôter les inégalités dans le but de les aplanir. C’est aussi le caractère de ce qui offre un ensemble cohérent, une suite où exactement tout se tient. C’est enfin la jonction de deux ou plusieurs éléments ensemble, pour établir des liens entre eux.
De ce qui précède, nous constatons que pour qu’il y ait unité, il faut au préalable qu’il ait : acceptation, entente, convivialité, solidarité, autour d’un même idéal commun.

La question qui surgit de ces caractéristiques de l’unité est celle de savoir si la vie sociale au Cameroun incite à l’unité nationale ? La stratification socioculturelle camerounaise est marquée par un certain élitisme, qui plombe l’unité nationale. Il existe une constitution, et des castes qui alimentent des déséquilibres dans la répartition des richesses nationale. Cette absence totale d’homéostasie (équilibre) entre les classes pauvres et les classes riches, contribue, comme le disait le professeur Hubert Mono Ndjana : « à écarter la norme pour normaliser les écarts ». Par ailleurs, les divisions administratives créées par le politique, caressent l’option de fragiliser la fédération des énergies humaines.

Des peuples qui naguère vivaient en symbiose parfaite, se retrouvent, du fait des délimitations territoriales fantaisistes, dans la dislocation et la divagation à l’intérieur des zones qui ne répondent pas toujours à leurs aspirations culturelles, traditionnelles et artistiques. D’où des incompréhensions entre populations. En plus de cela, la diversité des langues entraînent des problèmes de communication interne entre des personnes vivant dans une même unité administrative. Les brassages (mariage, exode territorial) des populations qui se faisaient jadis sans heurts, s’amenuisent du fait des replis identitaires, du tribalisme exacerbé par les enjeux du pouvoir central.

C’est chaque ethnie qui souhaiterait avoir un des leurs au sommet de l’État. Les crises sociales à l’instar de la crise du Noso, expliqueraient la faillite de l’unité nationale, du fait des situations politiques troubles qui créent des inégalités dans la répartition des fruits de la croissance. Toutes choses qui ramènent l’unité nationale à un état, une situation de léthargie, à cause de : la non accessibilité des langues de communication, le repli identitaire et les luttes d’influence, le tribalisme et le népotisme. Tous ces dysfonctionnements notoires constatés dans le vivre-ensemble qu’on souhaiterait harmonieux cohérent, et pacifique rendent utopique l’idée de l’unité nationale.

 Pour rendre cette unité nationale réelle, c’est de la volonté politique de l’État de créer des stratégies idoines en changeant de modèle de gouvernance qui permettrait à chaque région du Cameroun d’être autonome. Il s’agit de créer une saine concurrence entre les régions au travers d’une véritable décentralisation. La constitution camerounaise d’avant mériterait d’être révisée dans ses lois qui renforcent le pouvoir à un seul individu, créant ainsi des frustrations au sein des populations d’autres régions du pays qui n’ont jamais goûté aux délices du pouvoir d’État.

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