Homme politique et chef d’entreprise, Serge Espoir Matomba a pris part aux assises du deuxième forum Afrique- USA, consacré à l’aide au développement de l’Afrique qui vient de s’achever aux Etats Unis. Entre l’opération de charme Américaine bien huilée et les milliards de dollars de projets en promesses, le premier secrétaire du PURS ne s’émeut pas. Il garde sa froideur, face à l’offre Américaine savamment conditionnée par les intérêts Américains. Serge espoir Matomba est au micro de notre envoyée spéciale Dorothée Sike à Washington.

Vous êtes un homme politique ? ce qu’on comprend honnêtement c’est qu’aujourd’hui les États-Unis tout comme la Chine, la Russie prennent des initiatives ? mais eux ils savent apparemment quel est leur intérêt, mais pour les leaders africains on a l’impression qu’ils n’ont pas défini leurs priorités, leurs intérêts. Quelle réaction vous inspire cette situation ?

Vous savez la politique se défit selon le Larousse comme étant la gestion de la société, la démocratie voudrait être définie ou alors elle est définie comme étant le pouvoir du peuple par le peuple.  Lorsque je l’ai dit je vais revenir sur un aspect purement pratique. Généralement les dirigeants africains sont reprochés du fait de penser le développement et de l’imposer aux populations sans mettre les populations à contribution, c’est-à-dire que les dirigeants pensent, ils imaginent une situation qui serait une solution dans un village sans associer les populations de ce village qui savent exactement quelles sont les priorités et quels sont leurs problèmes. On a assisté où on assiste aujourd’hui à cette application réelle de ce qui fait problème en réalité en Afrique, c’est-à-dire qu’on déplace 49 dirigeants africains pour venir leur dire : on a une enveloppe de 55 milliards pour vous. On leur dit dans quels secteurs ces milliards seront investis.

Et pourtant il y a des priorités purement Africaines

Exactement je me souviens qu’il y a quelques temps les pays africains ont sollicité de l’aide d’un certain montant pour combattre le terrorisme, et ils ont dit si on a ce montant là ça nous permettra de gérer les problèmes terroristes en Afrique.  Savez-vous que jusqu’à ce jour ce montant n’a pas été mobilisé ? Pourtant il y a une guerre ou une opération spéciale appelée comme vous voulez entre l’Ukraine et la Russie, des fonds ont été mobilisés une fois, plus que ce que les Africains ont demandé depuis plus de 10 ans pour combattre le terrorisme.  On a montré expressément que les Africains et l’Afrique ne valent rien, ou  ne représentent rien, ou enfin représentent tout simplement un territoire qui doit être utilisé comme une masse.

La présence chinoise en Afrique inquiète peut être ?

Évidemment la présence de la Chine inquiète. C’est une présence qui est actuelle qui se vit. Vous allez voir que la Chine pour prendre un exemple n’a jamais imposé un modèle de gouvernance aux africains jamais. La Chine pour ses propres intérêts ne se mêle pas trop de la politique dans différents pays africains ? Peut-être parce qu’elle est généralement considérée comme un pays communiste qui n’est donc pas un exemple.  Nous avons la Russie qui arrive avec un soutien militaire.  

C’est une question importante, la sécurité en Afrique

Nous l’avons toujours dit nous le pensons, l’africain doit être préoccupé par la sécurité. C’est pour ça qu’on crée des guerres partout en Afrique. Les guerres sont une stratégie purement pensée.  Le terrorisme est une stratégie purement pensée pour occuper les Africains dans ce qu’on appellerait la sécurité aujourd’hui, donc les Africains se disent on peut avoir un allié Russe qui lui,  va nous aider sur le champ de la sécurité et si donc cet allié aide les Africains sur le champ de la sécurité il restera quoi aux africains ? Eh bien  la route vers ce qu’on va appeler le développement, et ceux qui profitent des guerres pour entre parenthèse parler d’aide, parler de développement parler de tout ce que vous voulez, nous aurons plus de chance parce qu’en réalité les Africains auront maîtrisé un pan qui est une préoccupation majeure aujourd’hui la sécurité, et ils seront donc dans l’investissement pour le développement des pays.  Donc moi je trouve que c’est bien de faire des yeux doux à l’Afrique c’est aussi bien que les Africains sachent que leurs priorités ne doivent plus être définies par d’autres

55 milliards de dollars, c’est beaucoup à donner pour dicter la loi du donateur non ?

Quand on vous dit on veut vous donner 55 milliards sur 3 ans c’est bien, mais qu’on laisse le soin à chaque pays  d’agir salon ses priorités, selon les soucis que ces pays-là ont sur la table.  Sinon si vous investissez dans les secteurs qui sont porteurs et rentables uniquement pour vous et vous faites croire aux africains que ces secteurs sont rentables pour eux,  il y a un problème.  C’est un peu comme si vous dites aux africains que la démocratie est le meilleur système de gouvernance, et pourtant nous savons que ce n’est pas le meilleur système de gouvernance, justement. L’Afrique vient de très loin.   On ne le dit pas assez c’est la première civilisation mondiale.  L’Afrique a un vécu qui a été effacé qui a été,  je dirais muselés.  Mais aujourd’hui l’Afrique doit se retrouver, et l’Afrique doit donc définir ses propres priorités et se dire s’il y a un partenaire parce que nous ne refusons pas les collaborations ou les partenaires, les partenaires marcheront salon mes priorités et selon ma voix, il ne me dira pas à gauche ou à droite.

 Est-ce à dire que justement puisqu’on n’a pas eu ce son de cloche, ce type d’approche de la part de nos dirigeants qui ont participé à ce sommet, ces derniers ne sont pas encore capables de s’assumer et de définir leur ligne et de défendre leurs intérêts face aux grandes puissances ?

On ne peut pas le dire ainsi parce qu’on sait qu’il y a encore quelques temps les dirigeants africains ont commencé à donner une lueur d’espoir, en tout cas aux africains qui sont comme nous.  Vous avez vu ce qui s’est passé à l’ONU lors du vote contre la Russie ce que les dirigeants africains ont fait. Ce qui se passe aujourd’hui n’est que le commencement. Des dirigeants africains qui hier éprouvaient une peur très visible, aujourd’hui on comprend qu’ils commencent à gagner en courage, d’ailleurs dans cette session on a pu voir la position de certains leaders africains.  Ce ne sont plus ces leaders qu’on a connu hier en réalité.  Donc moi je pense qu’il y a un travail de fond qui doit être fait qui doit continuer.  Le travail que vous faites en tant que média, le travail que les analystes font, le travail que les panafricanistes font, est entrain de porter des fruits.  Mais les Africains doivent comprendre que l’avenir de l’Afrique dépend de l’Afrique. et que l’Afrique peut se développer sans les autres, mais les autres ne peuvent pas continuer sans l’Afrique.

 Entretien réalisé par notre envoyée spéciale à Washington, Dorothée SIKE

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