La Somalie connaît sa pire sécheresse depuis 40 ans. Selon l’ONU, elle a fait 1,2 million de déplacés et affecte presque 8 millions de personnes, soit la moitié des Somaliens. Reprise aux islamistes shebabs en 2012 par les forces gouvernementales et de l’Union africaine, Baidoa est l’épicentre de cette crise. La ville est un refuge pour des centaines de milliers de déplacés qui s’y entassent dans l’espoir de recevoir de l’aide humanitaire inaccessible dans les zones sous le joug jihadiste. Résultat : la moitié des 800 000 habitants de Baidoa sont des déplacés. Leurs besoins sont immenses. Et les cas de malnutrition sont en constante augmentation.

Une dizaine de femmes patientent, leurs enfants chétifs dans les bras. Elles sont venues consulter pour malnutrition. Le docteur Allan Nur les reçoit. « Tout ça, ce sont de nouvelles admissions. Ces femmes sont venues pour que leurs enfants soient examinés et puissent bénéficier de notre programme. »

Le docteur Allan Nur nous montre le registre des consultations : un tiers des enfants reçus souffrent de malnutrition aigüe. « On reçoit environ 50 à 60 enfants atteints de malnutrition sévère par semaine. Et depuis juillet, le nombre de cas ne fait qu’augmenter, mois après mois. »

Des formes graves de malnutrition

Selon l’ONG Save the Children, ces enfants, atteints de la pire forme de malnutrition, sont cinq fois plus nombreux à Baidoa qu’en janvier dernier. Beaucoup parmi eux présentent des complications : rougeoles, problèmes respiratoires ou faiblesse musculaire. Les cas les plus graves sont suivis dans l’unité des soins intensifs. Sur l’un des lits se trouve Harrawmow Isaac Ibrahim. La jeune femme est déplacée à cause de la sécheresse, elle veille sur son garçon de 2 ans.

« J’étais une fermière. Je cultivais des haricots et du sorgho. Mais la sécheresse a tout détruit. On n’avait plus ni eau ni nourriture. Autrefois, je nourrissais mes enfants avec du lait de vache ou en allaitant, mais je ne pouvais plus. Et depuis que je suis déplacée, je suis aussi trop faible pour allaiter et je n’ai pas assez d’argent pour acheter du lait. »

Une famine à venir dans les prochains mois

En septembre, l’ONU a tiré la sonnette d’alarme et prédit une probable famine à Baidoa d’ici au mois de décembre. Pour l’heure, la mobilisation des humanitaires, même sans ressources suffisantes, semble avoir permis d’éviter le pire. Mais Adam Abdelmoula, coordinateur humanitaire des Nations unies dans le pays, prévient : le risque n’est pas écarté.

« On estime désormais que les seuils de famine pourraient être franchis plutôt entre les mois de mars et de juin prochains, mais seulement si on arrive à maintenir le niveau actuel de réponse humanitaire. Et c’est une condition qui n’est pas évidente à remplir, car cela signifie qu’il nous faut trouver les moyens financiers pour cela. »

En 2011, rappelle le coordinateur, la majorité des 250 000 Somaliens morts de faim sont décédés avant que la famine ne soit officiellement déclarée.

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