
Une arrestation contestée dans un climat de haine
Saadia Mosbah, figure majeure de la lutte antiraciste en Tunisie et fondatrice de l’association Mnemty, a été arrêtée le 6 mai 2024, au terme d’une campagne médiatique marquée par la haine et la diffamation. Les accusations portées contre elle: blanchiment d’argent, enrichissement illicite et association de malfaiteurs ont rapidement été mises à mal par les éléments du dossier, notamment les expertises financières qui affaiblissent considérablement les charges retenues.
Une détention prolongée malgré un dossier fragile
Depuis son arrestation, Saadia Mosbah est maintenue en détention prolongée. Ses demandes de libération ont été systématiquement rejetées. La procédure judiciaire a été émaillée d’incohérences et de multiples reports, tandis que la défense dénonce un dossier vide et sans fondement. Cette situation soulève de nombreuses interrogations quant à l’indépendance de la justice dans ce contexte.
Contexte politique : racisme et répression
Cette affaire survient dans un climat politique tendu où les discours officiels alimentent une rhétorique sur une prétendue « menace démographique ». Les migrant·e·s subsahariens sont désignés comme des boucs émissaires, et le racisme s’est banalisé au point de voir émerger des appels à la violence. La condamnation d’une militante antiraciste ainsi que celle de son entourage ne peut être dissociée de cet environnement idéologique et politique hostile.
Une loi sur la discrimination vidée de son sens
À la veille du 21 mars, Journée internationale contre le racisme, cette affaire illustre le fossé grandissant entre les engagements proclamés et la réalité sur le terrain. La Tunisie, qui a adopté en 2018 une loi criminalisant la discrimination raciale, voit aujourd’hui cette législation largement neutralisée. Les discours racistes prolifèrent sans réaction effective, les victimes restent insuffisamment protégées, et ceux qui s’engagent contre le racisme sont désormais la cible de poursuites judiciaires.