Alger et Niamey relance leur coopération énergétique / Le temps du dégel stratégique.
Un an après une crise diplomatique majeure, l’Algérie et le Niger tournent la page. La visite stratégique du ministre algérien de l’Énergie à Niamey, ce 26 janvier, marque la relance de projets colossaux, du pétrole de Kafra au gazoduc transsaharien. Une réconciliation portée par la Realpolitik et l’ambition commune d’une souveraineté énergétique régionale.
Le froid polaire qui régnait entre les deux capitales depuis la crise des ambassadeurs en 2025 semble appartenir au passé. En débarquant à Niamey avec une délégation de haut vol, comprenant les patrons de Sonatrach et de SIPEX, le ministre algérien Mohamed Arkab n’est pas seulement venu rétablir un dialogue diplomatique: il est venu réactiver les moteurs d’une coopération économique vitale pour les deux nations.
L’or noir de Kafra : le premier levier
Au centre des discussions se trouve le bloc pétrolier de Kafra, situé à la frontière entre les deux pays. Découvert en 2018, ce gisement ne cache pas ses ambitions avec des réserves estimées à plus de 250 millions de barils.
Le contrat de partage de production entre Sonatrach et l’État nigérien entre désormais dans une phase active. Avec deux puits déjà forés et quatre autres programmés, l’objectif est d’accélérer la cadence pour transformer ce potentiel géologique en une manne financière concrète pour le Niger et un succès opérationnel pour l’Algérie.
Le TSGP : un serpent d’acier pour l’indépendance
Mais le véritable dossier « XXL » de ce rapprochement reste le Gazoduc Transsaharien (TSGP). Ce projet titanesque de 4 100 km, destiné à acheminer 30 milliards de mètres cubes de gaz nigérian vers l’Europe via le Niger et l’Algérie, est bien plus qu’un simple tuyau.
C’est une arme géopolitique. Alors que 70 % des infrastructures sont déjà achevées côté algérien et nigérian, le segment nigérien (841 km) représente le dernier grand défi technique. En réaffirmant leur engagement financier et technique sur ce tronçon, Alger et Niamey envoient un message clair : l’Afrique est capable de construire ses propres ponts énergétiques vers le monde, sans dépendance extérieure excessive.
Une diplomatie des ressources
Au-delà de l’extraction, l’Algérie joue la carte du « grand frère » technique. Transfert d’expertise dans le raffinage, pétrochimie, production d’électricité et formation des cadres nigériens : Alger se positionne comme un partenaire structurant.
Ce rapprochement est d’autant plus symbolique qu’il intervient dans un Sahel en pleine mutation. Si le Mali voisin maintient une position de rupture avec l’Algérie, le Niger de l’Alliance des États du Sahel (AES) fait le choix du pragmatisme. Un protocole d’accord signé entre la Sonatrach et la SONIDEP (société nationale nigérienne) vient d’ailleurs sceller cette nouvelle ère de coopération.
À l’heure où les équilibres mondiaux vacillent, l’axe Alger-Niamey semble vouloir prouver que la stabilité régionale passera avant tout par des projets industriels partagés. Le « pacte du désert » est signé, reste désormais à transformer les promesses de gaz et de pétrole en développement durable pour les populations sahéliennes.
Par la Rédaction de ForYou Media Africa.