
Porté par le déploiement accéléré du projet Congo LNG, le Congo-Brazzaville s’apprête à connaître une ascension fulgurante. D’ici la fin de l’année 2026, le pays devrait tripler sa part de marché pour ravir au Cameroun sa place de deuxième producteur de la zone CEMAC.
La dynamique gazière en Afrique centrale est en pleine mutation. Selon les données récentes de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), la production totale de gaz naturel dans l’espace communautaire a atteint un niveau record de 6 701,4 milliers de tonnes. Si la Guinée équatoriale conserve une avance confortable, le paysage industriel régional est sur le point d’être redessiné par l’ambition affichée de Brazzaville.
Le défi de Congo LNG
Le tournant décisif porte un nom : Congo LNG. Piloté par le groupe italien Eni, ce projet d’envergure transforme radicalement le profil énergétique du Congo-Brazzaville. Longtemps considéré comme un acteur secondaire avec une production modeste (342,5 milliers de tonnes lors du dernier exercice), le pays amorce une « explosion volumétrique » spectaculaire.
Les projections sont formelles : la part de marché du Congo dans la production gazière de la CEMAC devrait bondir de 9,4 % en 2025 à plus de 31 % en 2026. Cette montée en puissance permet à Brazzaville de doubler le Cameroun, dont la progression des infrastructures gazières est jugée plus lente par les observateurs.
Une zone sous influence équato-guinéenne
Malgré cette nouvelle donne, la Guinée équatoriale demeure le leader incontesté du secteur. Grâce à la performance de ses complexes gaziers d’Alba et de Bioko Island, le pays capte plus de 68 % de la production globale de la zone, avec un volume de 4 570 milliers de tonnes.
De son côté, le Cameroun, deuxième producteur historique avec 1 780 milliers de tonnes, voit son influence relative diminuer. Sa stratégie, principalement articulée autour de l’unité flottante de liquéfaction Hilli Episeyo au large de Kribi, est aujourd’hui rattrapée par le rythme soutenu des investissements congolais.
Des disparités marquées
Si le trio de tête se dispute le leadership, le reste de la sous-région affiche un visage différent :
- Le Gabon : Il maintient une production orientée vers les besoins domestiques et la fourniture des centrales thermiques (Owendo et Port-Gentil), mais reste absent du marché de l’exportation de GNL à grande échelle.
- Le Tchad et la RCA : Ces deux nations affichent un compteur à 0 tonne. Le Tchad concentre ses efforts sur l’extraction pétrolière brute, tandis que la République centrafricaine ne dispose, à ce jour, d’aucune exploitation gaziere commerciale.
Un nouvel enjeu stratégique
Avec ces nouvelles capacités, le Congo-Brazzaville ne se contente pas de monter dans le classement : il s’affirme comme un nouvel acteur incontournable du marché gazier international. Pour la zone CEMAC, cette montée en puissance du Congo symbolise une volonté de valoriser davantage les ressources fossiles locales, tout en diversifiant les sources de revenus à l’heure où les enjeux énergétiques mondiaux se font de plus en plus pressants.