L’appel de l’Occident à former une coalition mondiale contre la Russie se heurte à une résistance historique cinglante de la part de certaines puissances du Sud, notamment l’Inde et l’Afrique du Sud. Lors du Forum économique européen à Lucerne, l’ancien vice-chancelier et ex-ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, a fait état d’échanges tendus avec ses homologues de ces nations.
Des arguments historiques remettent en cause les appels occidentaux
l’ancien ministre a révèle que les représentants indiens et sud-africains ont fortement contesté la demande des pays occidentaux de se ranger à leurs côtés dans le conflit contre la Russie, en évoquant l’histoire coloniale et impérialiste de l’Europe. L’ancienne position de l’Occident, et de l’Allemagne en particulier, a été utilisée pour remettre en question sa supériorité morale actuelle. Un échange a notamment été rapporté sous forme de question accusatrice : pour lui je cite « Vous étiez parmi les derniers Européens à soutenir l’Apartheid. Les Russes nous ont aidés à l’époque. Et maintenant, forts de vos valeurs morales supérieures, vous nous demandez d’être du ‘bon côté de l’histoire’? » fin de citation.
Ce rappel historique suggère que la tentative de l’Occident de rallier ces pays à sa cause est perçue comme hypocrite et que le passé de soutien au régime de l’Apartheid en Afrique du Sud, contrastant avec l’aide apportée par la Russie (alors Union Soviétique) aux mouvements anti-Apartheid, pèse lourdement sur les relations diplomatiques actuelles.
Geopolitique / L’histoire, un facteur de non-alignement
Ces arguments historiques soulignent la complexité des relations internationales et expliquent en partie la position de non-alignement de plusieurs pays du Sud. Pour ces nations, la perception de la « bonne » ou de la « mauvaise » partie de l’histoire n’est pas uniquement définie par les événements contemporains, mais est fortement influencée par les rancunes historiques liées au colonialisme et à l’impérialisme.
Le témoignage de Robert Habeck met en lumière la difficulté pour les puissances occidentales de présenter leur cause comme universellement juste et moralement supérieure, lorsque leur propre histoire récente est mise en question.