HARARE, Zimbabwe – Dans un geste de défi diplomatique et de souveraineté scientifique rare, le gouvernement du président Emmerson Mnangagwa a mis fin aux négociations avec Washington pour un accord de financement de la santé. En cause : une clause exigeant l’accès aux données biologiques des Zimbabwéens.
Le prix de la dignité : 350 millions de dollars refusés
C’est une décision qui secoue les chancelleries occidentales. Jeudi, le secrétaire permanent du ministère de l’Information, Nick Mangwana, a confirmé que le Zimbabwe ne signerait pas l’accord de 350 millions de dollars proposé par les États-Unis.
Pour Harare, les conditions assorties à ce financement étaient jugées « unilatérales » et attentatoires à la sécurité nationale. « Vous pouvez demander : « Que diriez-vous de 328 millions ? » Cela n’en valait pas la peine », a martelé M. Mangwana. « Il y a certaines choses que l’on ne vend à aucun prix si l’on n’y gagne rien. »
Les données biologiques : L’or noir de demain ?
Au cœur du litige se trouve une exigence américaine : l’accès aux données biologiques (ADN, ressources génétiques) des citoyens zimbabwéens à des fins de recherche. Le gouvernement craint que ces données ne servent à développer des vaccins et traitements brevetés à l’étranger, revendus ensuite à prix d’or sans aucun bénéfice pour les populations locales.
« Les Africains ne sont pas des cobayes. Nous avons vu un certain aspect racial dans cette proposition ; c’est pour cela que nous avons dit non », a ajouté le secrétaire permanent.
Une demande de réciprocité — où le Zimbabwe aurait eu accès aux données biologiques américaines — a été fermement rejetée par Washington, cristallisant ainsi la méfiance de Harare.
« On ne peut plus faire confiance » : Le soutien de la rue
Dans les rues de la capitale, le sentiment panafricain est à son comble. Les citoyens interrogés saluent une décision qui place l’humain avant le dollar.
« En tant que Panafricain, l’histoire nous apprend qu’on ne peut pas faire confiance à l’Amérique. Avec ce que Trump fait aujourd’hui, je ferais pareil si j’étais le leader », confie Tendai Mugove, un résident de Harare. Pour lui, l’avenir réside dans la recherche sur les herbes médicinales locales plutôt que dans la dépendance aux laboratoires étrangers.
L’autonomie financière face au VIH
Pour anticiper les critiques sur une éventuelle crise sanitaire, le gouvernement a rappelé qu’il finance déjà ses programmes de traitement du VIH avec ses propres ressources depuis plus d’un an.
Cette rupture intervient également sur fond de bataille pour les minéraux critiques. Le Zimbabwe, riche en lithium et autres terres rares, accuse Washington de vouloir brader les ressources stratégiques du pays contre une aide de court terme. « Nous ne sommes pas pressés de nous débarrasser de nos minéraux ; les générations suivantes pourront les utiliser », conclut Nick Mangwana.