
À la tribune de la 79e Assemblée mondiale de la Santé et lors de sommets stratégiques à Genève, le ministre camerounais Manaouda Malachie a porté un plaidoyer sans concession : l’Afrique ne réclame pas la charité, elle exige l’équité.
Le Palais des Nations de Genève est devenu, depuis le 17 mai 2026, l’épicentre des négociations qui dessinent le futur de la santé globale. Au milieu des chefs d’État et des dirigeants de l’OMS, la délégation camerounaise, conduite par le Dr Manaouda Malachie, s’est imposée dès les premières heures comme l’une des voix africaines les plus audacieuses et pragmatiques de cette 79e Assemblée mondiale de la Santé.
Le message de Yaoundé est clair : le système sanitaire mondial actuel est à bout de souffle, inégalitaire, et l’Afrique doit passer du statut de simple bénéficiaire à celui de co-architecte des politiques de santé.
L’Afrique ne demande pas la charité, elle exige l’équité
C’est lors des Rencontres francophones de la Santé à l’Hôtel InterContinental que le ministre camerounais a prononcé les mots les plus forts, mettant en garde la communauté internationale contre une fracture technologique mortifère.
« L’innovation ne peut être considérée comme une avancée mondiale si elle reste inaccessible à une grande partie de l’humanité », a martelé le Dr Manaouda Malachie.
Pour illustrer cette injustice éthique, le ministre a pris un exemple bouleversant : celui des enfants africains atteints de diabète de type 1, privés des systèmes de mesure continue du glucose (CGM) qui sont pourtant devenus la norme standard dans les pays du Nord. Le Cameroun refuse que le progrès scientifique devienne un facteur supplémentaire d’exclusion et milite pour de vrais écosystèmes de co-développement (transferts de technologies, production locale de vaccins).
Solidarité continentale : l’exemple camerounais face à Ebola
Alors que le Comité ministériel africain de haut niveau (AHLMC) se penchait sur la réforme de l’architecture sanitaire sous l’égide d’Africa CDC, le Cameroun a opposé le pragmatisme à la théorie. Évoquant la recrudescence des épidémies, le Dr Manaouda Malachie a rappelé l’élan de solidarité concret du Cameroun envers la République Démocratique du Congo (RDC), actuellement confrontée à une épidémie d’Ebola.
Ce modèle de coopération Sud-Sud incarne parfaitement la nouvelle doctrine de l’Africa CDC : « les pays dirigent, les régions coordonnent et le niveau mondial soutient ».
Face au désengagement de certains bailleurs de fonds internationaux, le ministre a partagé la stratégie camerounaise de mitigation et de mobilisation des ressources domestiques. Une résilience financière saluée par ses pairs, démontrant qu’un système de santé solide se bâtit d’abord de l’intérieur.
Des actes concrets : de la CSU au déploiement des sages-femmes
Pour que le plaidoyer international reste crédible, il doit s’appuyer sur des réalités nationales. À la tribune de l’OMS, le Cameroun a exposé ses avancées majeures, notamment le déploiement progressif depuis trois ans de sa Couverture Santé Universelle (CSU), qui cible en priorité la gratuité et la prise en charge des femmes enceintes et des enfants de moins de cinq ans.
De plus, lors d’un panel de haut niveau organisé par l’UNFPA, le Cameroun a démontré comment il faisait de ses sages-femmes un bouclier contre la mortalité maternelle et néonatale. Malgré un déficit structurel (1 sage-femme pour 6 000 femmes en âge de procréer), le pays accélère :
57 écoles opérationnelles, dont 4 déjà accréditées aux normes internationales.
Plus de 2 552 sages-femmes formées sur la seule année 2024.
Le déploiement stratégique de « sages-femmes humanitaires » dans les zones de crise (Grand-Nord, Nord-Ouest, Sud-Ouest) pour garantir la continuité des soins.
Une nouvelle architecture en marche
Saluant l’adoption historique de l’Accord de l’OMS sur les pandémies, le Cameroun repart de Genève en réaffirmant qu’aucune sécurité sanitaire mondiale ne sera durable si elle laisse un continent de côté. Par la voix de son ministre, le pays s’est positionné non plus en observateur, mais en leader d’une Afrique souveraine, résiliente et maîtresse de son destin sanitaire.
Sources :Par Clavère NKEN, Chef de la Cellule de Communication du MINSANTÉ