
Le 23 mai agit comme un miroir des grandes trajectoires de l’Afrique contemporaine. À travers les décennies, cette date égrène les rendez-vous du continent avec son destin : de la perte douloureuse de la souveraineté face aux ambitions coloniales jusqu’au triomphe des luttes de libération et des recompositions politiques de la fin du XXe siècle.
Le crépuscule des souverainetés traditionnelles
L’histoire du 23 mai s’ouvre sur une note de nostalgie et de résistance symbolique. Le 23 mai 1917, la reine Ranavalona III s’éteint à Alger à l’âge de 55 ans, loin de sa terre natale. Couronnée en 1883, elle fut la dernière souveraine du royaume de Madagascar, témoin impuissant mais digne de l’invasion militaire française de 1895 et de l’annexion formelle de l’île l’année suivante.
Déposée en février 1897 par l’autorité coloniale, elle subit un exil forcé, d’abord à La Réunion puis en Algérie. Si ses restes n’ont été rapatriés à Antananarivo qu’en 1938, Ranavalona III incarne aujourd’hui encore, dans la mémoire collective malgache, le deuil de l’indépendance perdue et le refus de la soumission.
Le prix du sang : Les tournants coloniaux
Vingt-huit ans plus tard, c’est au Nord du continent que la violence coloniale écrit une page sombre. Le 23 mai 1945, l’Est de l’Algérie est encore plongé dans la terreur. À la suite des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata commis au début du mois, l’administration française poursuit une répression féroce faite d’arrestations massives et d’opérations militaires. Cet épisode sanglant marquera une rupture définitive, agissant comme le véritable catalyseur du nationalisme algérien moderne.
Le temps des armes et de la libération
Le 23 mai est aussi le marqueur de la phase finale des guerres de décolonisation, qu’elles soient dirigées contre les empires européens ou les dominations régionales.
En Guinée-Bissau (1973) : Le 23 mai 1973 marque un point de non-retour pour l’empire colonial portugais. Les maquisards du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), portés par l’héritage d’Amílcar Cabral assassiné quelques mois plus tôt, contrôlent désormais la majeure partie du territoire. La proclamation unilatérale d’indépendance n’est plus qu’une question de mois.
En Érythrée (1991) : Le 23 mai 1991, au terme d’une guerre d’indépendance de trente ans contre le pouvoir central éthiopien, les forces du Front populaire de libération de l’Érythrée (EPLF) resserrent leur étau. Elles encerclent totalement la capitale, Asmara. Le lendemain, le 24 mai, l’entrée officielle des troupes scellera la naissance de l’État érythréen, devenant la fête nationale du pays.
Diplomatie et renaissance : L’Afrique australe se réinvente
La fin de la guerre froide redessine les cartes de l’Afrique australe, transformant les champs de bataille en tables de négociation. En mai 1988, des diplomates cubains, sud-africains, angolais et américains avancent discrètement sur le règlement des conflits interconnectés en Angola et en Namibie. Ces tractations de coulisses jetteront les bases des accords historiques menant à l’indépendance de la Namibie en 1990.
L’aboutissement de cette longue marche vers la liberté se concrétise le 23 mai 1994. Quelques jours à peine après l’investiture de Nelson Mandela, premier président noir d’une Afrique du Sud démocratique, le pays intègre officiellement l’Organisation de l’unité africaine (OUA).
L’adhésion de Pretoria en 1994 met fin à des décennies de mise au ban diplomatique en raison du régime d’apartheid, marquant la victoire finale du combat panafricain initié dès la création de l’organisation en 1963.
Du deuil d’une reine exilée en 1917 à la liesse d’une Afrique du Sud réconciliée en 1994, le 23 mai résume à lui seul les douleurs, les sacrifices et l’indomptable résilience du continent africain.