
Le feuilleton du rail transafricain vient de franchir un cap historique. Par une note officielle de la présidence camerounaise datée du 5 juin 2026, le chef de l’État Paul Biya a formellement validé le tracé occidental du futur chemin de fer reliant Ngaoundéré (Cameroun) à N’Djamena (Tchad). Évalué à plus de 6 000 milliards de FCFA (environ 9 milliards d’euros), ce projet d’infrastructure titanesque ne va pas simplement poser des rails entre deux capitales : il s’apprête à injecter une dynamique économique sans précédent dans l’ensemble de la sous-région CEMAC, avec des répercussions majeures bien au-delà du Tchad, notamment en République centrafricaine (RCA).
Un héritage historique, un acte fort
Ce projet puise ses racines dans une vision à long terme. C’est en décembre 2010, lors de la 22e session de la grande Commission mixte Cameroun-Tchad à Yaoundé, que le président Paul Biya et son défunt homologue tchadien, le maréchal Idriss Déby Itno, ont initié cette ambition commune. Seize ans d’études de faisabilité et de négociations complexes plus tard, l’acte de validation posé par Yaoundé ce 5 juin 2026, adossé à un protocole d’accord avec le géant émirati Etihad Rail, fait entrer le projet dans sa phase concrète.
Pour contourner intelligemment l’insécurité résiduelle liée à la zone de Waza, l’axe validé reliera Garoua, Maroua et Kousseri en passant par Bogo, Pouss et Maga avant de franchir la frontière.
Cameroun – Tchad : Un saut quantique pour les deux géants
Pour le Tchad, pays structurellement enclavé, l’arrivée du rail est une question de survie économique. Actuellement dépendant de routes saturées et coûteuses, N’Djamena verra ses coûts de transport de marchandises divisés par deux. Le coton, le bétail et les riches ressources de son sous-sol bénéficieront d’un boulevard logistique continu et rapide directement connecté aux ports en eau profonde de Douala et de Kribi.
Pour le Cameroun, cette infrastructure bétonne définitivement son statut de hub logistique incontournable et de porte d’entrée maritime de l’Afrique centrale. En plus de désenclaver les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord, le projet stimulera l’emploi local et fera exploser le volume de trafic de ses ports.
La Centrafrique : L’invitée stratégique du boom ferroviaire
Si le tracé final fait l’objet de discussions bilatérales pour optimiser le désenclavement tchadien, les retombées de ce réseau interconnecté dépassent la seule frontière tchado-camerounaise. La République centrafricaine (RCA) se positionne naturellement comme le troisième grand bénéficiaire de cette révolution.
En renforçant la connectivité au départ de Ngaoundéré et en modernisant les corridors logistiques d’Afrique centrale, ce projet soulagera indirectement l’axe routier Douala-Bangui, souvent asphyxié. Mieux encore, la densification du réseau ferroviaire régional jette les bases techniques d’une future interconnexion vers Bangui, un autre projet de 1 400 km déjà à l’étude. Pour la RCA, l’accès fluide à un réseau ferroviaire connecté aux ports camerounais signifie :
Une baisse drastique des prix des produits de première nécessité importés.
Une évacuation accélérée et sécurisée de ses ressources forestières et minières.
La fin de l’isolement saisonnier lié à l’état des routes pendant les saisons des pluies.
Vers une intégration régionale irréversible
Le projet Ngaoundéré-N’Djamena prouve que l’Afrique centrale passe de la parole aux actes en matière d’intégration. En connectant le Cameroun, le Tchad et en ouvrant la voie à la RCA, ce réseau redéfinit la géopolitique économique de la sous-région. Face aux défis de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), ce train à 6 000 milliards de FCFA n’est plus une option : c’est le moteur du futur de l’Afrique centrale