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Editorial : La fièvre des matières premières

Les ressources de la Terre n’ont pas attendu les traders londoniens pour faire tourner la tête des hommes. D’Alexandre le Grand à Cortés, on a conquis des continents et massacré des peuples sous l’emprise de la fièvre de l’or, du cuivre, des rubis ou du pétrole brut. Seule change aujourd’hui l’échelle, à la hauteur des besoins d’une planète de plus de 7 milliards d’habitants. La folie est donc la même, mais le terrain de jeu évolue sans cesse. Ce qui était précieux hier le sera-t-il encore demain ? Comme le raconte formidablement l’économiste Alessandro Giraudo, les Hollandais échangèrent Manhattan contre du sucre et de la noix de muscade, et les Assyriens payaient le fer huit fois le prix de l’or (Quand le fer coûtait plus cher que l’or, Fayard, 2015). On s’est ruiné hier pour le bronze, le poivre, l’indigo ou l’huile de baleine, comme aujourd’hui pour le nickel ou le gaz.

L’invasion de l’Ukraine fige une nouvelle bascule. Parce que la terre russe est un immense pourvoyeur de métaux en tous genres et aussi de denrées alimentaires, la perturbation des échanges enflamme les marchés. Mais même quand la poussière de la guerre sera retombée, les cours des matières premières resteront durablement sous tension. Et cela pour deux raisons majeures, l’une est économique et l’autre politique.

De la même manière que l’on est passé de l’huile de baleine au pétrole pour éclairer les maisons, le basculement vers l’électrique entamé par le secteur des transports et celui de l’énergie est en train de modifier les besoins en profondeur. Pour respecter l’objectif de neutralité carbone en 2050, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que les énergies renouvelables représenteront, à cette date, 70 % de la production d’énergie, contre 9 % actuellement. Les centrales électriques et les automobiles ne consommeront plus du pétrole, mais du cobalt, du nickel, du lithium, des métaux indispensables à leur fabrication. Pour l’AIE, la demande devrait être multipliée par sept d’ici à 2030. De quoi créer de sérieux goulots d’étranglement et propulser les prix vers les sommets.

L’équilibre géopolitique modifié

De quoi, aussi, modifier durablement l’équilibre géopolitique des matières premières. Dans un article, l’hebdomadaire The Economist anticipe, d’ici à 2040, l’émergence de trois grandes catégories de pays producteurs. Les gagnants seront les « électro-Etats », produisant du cuivre et du lithium (Chili, Australie, Chine), du cobalt (Congo), du nickel ou de l’aluminium (Russie, Indonésie). La deuxième catégorie est celle des Etats pétroliers « low cost », comme l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Irak ou la Russie. Leurs faibles coûts de production leur permettront de compenser la baisse de la consommation de pétrole par l’augmentation de leur part de marché. Reste les producteurs pétroliers chers, en Afrique ou en Europe, qui seront condamnés au déclin.

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