Alors que le différend commercial entre l’Équateur et la Colombie s’envenime, les transporteurs et commerçants de la province de Carchi ont manifesté leur colère lundi. Entre hausse massive des taxes et chute libre des ventes, la ville frontalière de Tulcán craint un effondrement économique durable.
Tulcán (Équateur) – Le grondement des moteurs et le concert de klaxons ont remplacé le flux habituel des marchandises. Lundi, des dizaines de camions et de remorques ont envahi l’autoroute menant du canton de Bolívar vers le siège du gouvernement local. Arborant fièrement le drapeau jaune, bleu et rouge de l’Équateur, les manifestants portaient un message sans équivoque : « Nous voulons produire, pas survivre ».
Une escalade protectionniste aux lourdes conséquences
Le conflit a franchi un nouveau palier après la décision du ministère colombien du Commerce de porter les tarifs douaniers sur les produits équatoriens à 50 %. Cette mesure est une riposte directe à l’initiative de Quito, qui avait déjà fait grimper les taxes sur les importations colombiennes de 30 % à 50 % la semaine dernière.
Pour les acteurs de terrain, cette guerre des chiffres se traduit par une réalité brutale. « Ce que nous demandons, c’est qu’il y ait du travail pour tout le monde », explique Guillermo Pozo, l’un des manifestants. « La seule façon de sortir de la pauvreté est de générer de la richesse, mais l’insécurité actuelle rend notre pays moins attractif pour les investissements. »
« Un tsunami économique »
Le secteur du commerce, poumon de la région, est le premier à boire la tasse. Dans les entrepôts de riz de Tulcán, les stocks s’accumulent faute de repreneurs. Holga Miranda, marchande locale, ne mâche pas ses mots :
« Avec ces mesures tarifaires, c’est un coup désastreux. Je compare cela à un tsunami : le premier choc se fait toujours sur les frontières. »
Elle rapporte une chute vertigineuse de son chiffre d’affaires : « Si je vendais mille dollars auparavant, j’en vends à peine cent ou deux cents aujourd’hui. » Pour survivre, elle et ses collègues n’ont d’autre choix que de s’endetter lourdement auprès des banques, espérant une hypothétique issue diplomatique.
Un déficit qui se creuse
Selon Diego Guerrero, économiste et ancien préfet de Carchi, l’impact pourrait encore s’aggraver. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’Équateur importe pour environ 1,9 milliard de dollars depuis la Colombie, contre seulement 880 millions d’exportations. Ce déficit commercial d’un milliard de dollars place l’Équateur dans une position de vulnérabilité.
« Bien que le gouvernement cherche de nouvelles routes vers le Pérou, le Brésil ou la Bolivie via l’ALADI (Association latino-américaine pour l’intégration), ce sont des solutions à long terme », avertit l’expert. « Dans l’immédiat, nous risquons une baisse totale de l’emploi dans la province. »
En chiffres : L’impact de la crise
* Hausse des taxes : Passage de 30 % à 50 % en une semaine.
* Chute des ventes : Jusqu’à -80 % pour les produits exportés vers la Colombie.
* Déficit commercial : Plus de 1 milliard de dollars au détriment de l’Équateur.