Entre rappel des liens historiques et accusations de duplicité, le ton monte à nouveau entre Alger et Bamako. Le président algérien a publiquement déploré le manque de reconnaissance des autorités de transition maliennes, dans un contexte de contentieux territoriaux et politiques croissants.
Le « rappel académique » qui fâche
S’exprimant devant les deux chambres du Parlement, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a jeté un pavé dans la mare diplomatique. En soulignant que le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga et le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop ont été formés à l’École nationale d’administration (ENA) d’Alger, le chef d’État a pointé ce qu’il perçoit comme une ingratitude de Bamako.
Pour Alger, cette « bienveillance » historique ne semble plus trouver de réciprocité dans les relations actuelles.
2024-2025 : La chronique d’un divorce
La rupture n’est pas nouvelle, mais elle s’est accélérée de manière spectaculaire ces derniers mois :
* Janvier 2024 : Le Mali dénonce officiellement l’Accord d’Alger de 2015, mettant fin à la médiation algérienne avec les groupes armés du Nord.
* Avril 2025 : Un incident militaire majeur survient lorsqu’un drone malien est abattu par l’Algérie, cette dernière invoquant une violation de son espace aérien.
* Septembre 2025 : L’échec de la procédure devant la Cour internationale de Justice (CIJ). Bamako avait saisi la juridiction, mais l’absence de réponse formelle d’Alger a conduit à l’abandon du dossier.
L’ombre de l’Imam Mahmoud Dicko
Au-delà des incidents frontaliers, c’est une figure religieuse qui cristallise les tensions : l’imam Mahmoud Dicko. Installé en Algérie depuis fin 2023, il a lancé en décembre 2025 la Coalition des forces pour la République, un mouvement d’opposition direct à la transition malienne.
Pour Bamako, l’asile accordé à cette figure contestataire et la liberté de parole dont elle bénéficie à Alger sont la preuve d’une « politique de duplicité » de la part de son voisin.
Une normalisation impossible ?
À l’heure actuelle, aucun canal de discussion officiel ne semble ouvert. Bamako continue d’accuser Alger de jouer un double jeu dans la lutte contre le terrorisme, tandis qu’Alger se désole de voir son influence historique s’étioler au profit de nouvelles alliances sécuritaires maliennes.
Les observateurs s’interrogent désormais sur l’avenir de la coopération sécuritaire dans le Sahel, alors que les deux pays partagent une frontière de plus de 1 300 kilomètres.
L’essentiel en 3 points
* Guerre des mots : Tebboune rappelle la formation des élites maliennes en Algérie pour dénoncer une ingratitude diplomatique.
* Impasse juridique : L’échec de la plainte malienne devant la CIJ laisse le contentieux territorial sans solution.
* Opposition en exil : Le soutien présumé d’Alger à l’imam Dicko reste le principal point de friction politique