En visite officielle en Égypte, le président turc a vivement critiqué les frappes israéliennes, les accusant de saboter les efforts de paix. Parallèlement, Ankara et Le Caire ont scellé un rapprochement historique par la signature d’accords militaires et stratégiques.
LE CAIRE – C’est un tournant diplomatique majeur pour la région. Mercredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue égyptien Abdel Fattah Al-Sissi ont affiché une unité retrouvée lors d’une conférence de presse conjointe. Au cœur des discussions : l’urgence d’un cessez-le-feu pérenne à Gaza et une volonté de stabilisation régionale sans précédent.
Israël accusé de « saper » la paix
Le président Erdogan n’a pas pesé ses mots concernant la situation dans l’enclave palestinienne. Selon lui, les opérations militaires continues d’Israël constituent une violation directe de la Déclaration de Sharm El-Sheikh.
> « La tragédie humanitaire à Gaza se poursuit malgré le cessez-le-feu. Depuis le 11 octobre, plus de 500 Palestiniens ont été tués lors d’attaques israéliennes », a déclaré le dirigeant turc.
De son côté, l’armée israélienne (FDI) continue de justifier ces interventions comme des réponses ciblées à des violations du Hamas, tandis que les États-Unis maintiennent que l’accord de cessez-le-feu « tient » toujours malgré des conditions de terrain jugées « difficiles ».
Une alliance stratégique renforcée
Au-delà de la crise à Gaza, ce sommet a été le théâtre d’une consolidation spectaculaire des relations bilatérales. Les deux chefs d’État ont signé la déclaration conjointe du Conseil de coopération stratégique de haut niveau.
Les points clés de l’accord :
* Défense: Signature d’un accord-cadre militaire (une première après des années de tensions).
* Économie : Protocoles d’accord sur le commerce extérieur et l’investissement.
* Santé: Coopération renforcée dans la réglementation des produits pharmaceutiques.
Vers une réconciliation régionale élargie ?
Fait marquant de cette rencontre: le dossier syrien. Le président Al-Sissi a salué l’accord récent entre le gouvernement syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS).
L’approbation publique de ce rapprochement par Le Caire, aux côtés d’Ankara — qui a historiquement perçu les FDS comme une menace sécuritaire — suggère un glissement pragmatique des deux puissances pour préserver l’intégrité territoriale de la Syrie.
> Le chiffre à retenir : 1 300. C’est le nombre d’opérations militaires (raids, bombardements, démolitions) menées par Israël entre octobre 2025 et janvier 2026, selon les responsables palestiniens.
Analyse : Pourquoi ce voyage est crucial?
Ce troisième déplacement d’Erdogan en Égypte en deux ans confirme la fin définitive de la brouille diplomatique entre les deux pays. En se positionnant comme les garants de la stabilité au Sahel (Somalie) et au Proche-Orient (Gaza, Syrie), le tandem Ankara-Le Caire entend peser face aux puissances occidentales et aux défis de la sécurité alimentaire et énergétique.