Face à l’interdiction de voyager imposée par Washington aux citoyens sahéliens, Ouagadougou a décrété vendredi une interdiction totale de visas pour les ressortissants américains. Une décision de réciprocité saluée par les analystes locaux comme un acte de souveraineté historique.
Une réplique immédiate et radicale
Le ton est monté d’un cran entre Ouagadougou et Washington. Suite à l’entrée en vigueur, au jour de l’An, d’une nouvelle restriction migratoire américaine visant les États du Sahel, le gouvernement burkinabé a choisi la méthode forte : la réciprocité intégrale. Désormais, les citoyens américains se voient refuser l’accès au territoire burkinabé.
Cette mesure, qui a pris effet immédiatement ce vendredi, suscite un vif débat dans la capitale, mêlant fierté nationale et pragmatisme économique.
« La dignité avant tout » : l’avis des experts
Pour de nombreux observateurs, cette décision est avant tout un symbole de refondation diplomatique. Basile Farga, coordinateur du Mouvement pour la refondation, rappelle une règle d’or des relations internationales :
« Aucun pays n’est plus puissant qu’un autre. Nous utilisons simplement les mêmes outils diplomatiques qui sont utilisés contre nous. C’est une question de dignité. »
De son côté, Boukary Ouedraogo, secrétaire général de l’Union du Burkina Faso, estime que le pays donne un exemple mondial en refusant de se plier aux « manœuvres géopolitiques » de la Maison Blanche.
Un impact économique à double tranchant
Si le geste politique est fort, les conséquences économiques inquiètent certains secteurs. Le commerce et le tourisme pourraient être les premières victimes de ce bras de fer.
Salif Ouedraogo, porte-parole du Mouvement africain pour l’indépendance totale, souligne la complexité de la situation :
* Pour le Burkina Faso : Une baisse potentielle des investissements directs et du flux touristique américain.
* Pour les États-Unis : Des difficultés pour les opérateurs économiques américains présents dans la région du Sahel.
« L’impact est double », précise-t-il, tout en affirmant que le Burkina Faso doit rester maître des conditions de ses partenariats étrangers, quel qu’en soit le prix.
Rappel des faits : l’origine de la crise
Le décret de Donald Trump, annoncé début décembre, impose des restrictions d’entrée totales aux ressortissants de plusieurs pays du Sahel, invoquant des impératifs de sécurité nationale. Cette liste inclut également le Soudan du Sud, la Syrie, la Palestine, ainsi que de nouveaux venus comme le Laos et la Sierra Leone.
Bien que Washington prévoie des dérogations « au cas par cas », la réponse de Ouagadougou ferme la porte à toute ambiguïté : la circulation ne sera rétablie que sur une base d’égalité stricte.