GOMA, RDC – Alors que les affrontements entre les forces gouvernementales et les rebelles du M23 s’intensifient au Nord-Kivu malgré les promesses de trêve, une autre urgence émerge à l’Institut Goma : la santé mentale des élèves. Reportage au cœur d’une jeunesse qui tente de se reconstruire entre deux détonations.
Le traumatisme, ce passager clandestin des salles de classe
À l’Institut Goma, l’ambiance est lourde ce vendredi. Si les cahiers sont ouverts, les esprits, eux, sont ailleurs. Depuis le carnage du 25 janvier 2025 qui a endeuillé la ville, le comportement des élèves a radicalement changé.
« Les élèves ont vu des corps sans vie, ils ont perdu leurs proches », explique Kikuni Musagi Espoir, responsable de l’Organisation de Secours pour les Vulnérables. « Cela se traduit par une chute brutale des résultats, de l’isolement, et une agressivité croissante envers les enseignants et les parents. »
Pour répondre à cette détresse, des bénévoles locaux multiplient les séances de soutien psychosocial de terrain. L’objectif est simple mais colossal : détraumatiser.
« 50% dans la réalité, 50% dans la peur »
Pour les étudiants, la guerre n’est pas qu’une question de lignes de front ; c’est une présence constante qui fragmente la conscience. Joyce Ngoy, élève à l’Institut, livre un témoignage poignant sur son quotidien :
> « Avec le traumatisme, on ne peut pas dire qu’on pense clairement. On est à moitié présent : 50 % dans le monde réel, et 50 % dans la peur de ce qui pourrait arriver. »
Même constat chez sa camarade Dunia Namuisi, pour qui l’arrêt brutal de l’année scolaire précédente reste une blessure ouverte : « Nous ressentons encore les cicatrices aujourd’hui. »
Un défi pédagogique sans précédent
Les enseignants, en première ligne, observent impuissants le déclin de leurs meilleurs éléments. Jean Maurice Burasa, professeur, décrit des scènes de léthargie profonde en plein cours : des enfants qui pleurent sans raison apparente ou qui sombrent dans le sommeil par pur mécanisme de défense psychologique.
L’urgence humanitaire au-delà de la faim
Alors que le M23 poursuit son offensive pour le contrôle des zones minières et que le gouvernement dénonce la violation systématique du cessez-le-feu, les agences humanitaires tirent la sonnette d’alarme.
Dans cette zone où des centaines de milliers de personnes sont déplacées, le soutien psychologique est désormais jugé aussi vital que l’accès à l’eau ou à la nourriture. Si les blessures physiques finissent par cicatriser, celles de l’esprit, si elles ne sont pas soignées, risquent de compromettre l’avenir de toute une génération de Congolais.