Le rouleau compresseur de la souveraineté économique est en marche. Derrière la froideur des circulaires administratives et des décrets ministériels qui s’empilent sur les bureaux de Ouagadougou, se cache une véritable guerre d’indépendance commerciale. Le capitaine Ibrahim Traoré a tranché : pour que le Burkina Faso survive, il doit cesser de consommer ce qu’il ne produit pas.

Le dogme : Produire ou périr sous la Révolution Progressiste Populaire
On ne parle plus ici de simple patriotisme économique, mais d’une doctrine d’État gravée dans le marbre. En proclamant la Révolution Progressiste Populaire (RPP), le capitaine Ibrahim Traoré a jeté aux orties les recettes économiques occidentales pour imposer le développement endogène.
Son manifeste en 52 chapitres est clair : la dépendance est une arme de soumission. Désormais, le slogan « Produisons burkinabè, transformons burkinabè, consommons burkinabè » n’est plus un vœu pieux. C’est un ordre de bataille. Chaque produit importé, alors qu’une alternative locale existe, est désormais perçu comme une trahison au sommet de l’État.
L’offensive : Traquer les « reliques » de la dépendance
Pour Ibrahim Traoré, la bataille de la souveraineté se joue dans l’assiette et le quotidien des Burkinabè. Lors de ses sorties médiatiques marquantes, le Chef de l’État n’a pas mâché ses mots face aux importations superflues qui asphyxient l’économie locale. Qu’il s’agisse de riz, de vêtements traditionnels ou de fournitures de base, le constat est sans appel : le pays doit rompre avec les « reliques » coloniales.
Le président dénonce une « guerre silencieuse » menée par des puissances impérialistes à coup de flux d’importations et d’aides empoisonnées, maintenant les populations dans une précarité artificielle. Face à la résistance de certains circuits spéculatifs, la menace présidentielle est brandie comme une épée de Damoclès : si les commerçants véreux ne s’alignent pas, l’État nationalisera le commerce extérieur en s’octroyant le monopole des produits stratégiques à travers des structures comme Faso Yaar.
La chronologie d’un verrouillage méthodique
Le document officiel brandi aujourd’hui n’est pas un fait isolé. Il est le point d’orgue d’une stratégie de reconquête commerciale implacable, menée à marche forcée :
- Le blocus du riz : Le gouvernement a initié la suspension temporaire des importations de riz. L’objectif était brutal mais nécessaire : vider les stocks extérieurs pour forcer l’écoulement des récoltes des paysans locaux.
- Le bouclier industriel : Une interdiction stricte a frappé tout produit étranger entrant en concurrence directe avec une usine burkinabè en activité.
- La forteresse réglementaire : Par décret en Conseil des ministres, le pouvoir a soumis à une Autorisation Spéciale d’Importation (ASI) un bloc de produits ultra-courants : détergents, savon, eau de Javel, craie scolaire et concentrés de tomates. Un coup de filet réglementaire destiné à protéger les 26 unités industrielles locales nées de l’effort national.
L’analyse : Quand la circulaire devient une arme
C’est à la lumière de cette charge idéologique qu’il faut lire le document d’aujourd’hui. Ce texte administratif n’est rien d’autre que le bras armé de la RPP. Il vient fermer les dernières brèches par lesquelles s’infiltrait la concurrence étrangère.
En resserrant ainsi l’étau, le pouvoir de transition envoie un message définitif aux opérateurs économiques : l’ère de « l’impérialisme du conteneur » est révolue. Le Burkina Faso ferme ses vannes pour sauver ses usines, ses paysans et sa dignité. La bureaucratie a trouvé son rythme, et elle avance désormais au pas de charge.