
« En Afrique, seule l’expérience, qui gouverne mieux, porte en elle la sagesse des bâtisseurs. » C’est sans doute ce constat qui anime le paysage politique zimbabwéen en cette fin de mois de juin 2026.
Après l’approbation de l’Assemblée nationale le 18 juin dernier, le Sénat a franchi, ce mercredi 24 juin, une étape historique. Dans un climat marqué par les tensions, les sénateurs ont brisé les tabous en exprimant leur confiance au président Emmerson Mnangagwa. Avec 75 voix pour et seulement quatre contre, la chambre haute a validé une réforme constitutionnelle majeure qui prolonge de deux ans le mandat du chef de l’État. Cette décision permet à l’homme au pouvoir depuis 2017, âgé aujourd’hui de 83 ans, d’inscrire son action dans la durée, avec une perspective de gouvernance s’étendant jusqu’en 2030. Au-delà de ces deux nouveaux mandats, les coulisses politiques laissent entrevoir une possibilité de maintien au pouvoir sur le très long terme, voire ad vitam aeternam.
La position opposante
Si cette réforme qui prévoit également la désignation du chef de l’État par les parlementaires et la fin du suffrage universel direct pour la présidentielle suscite les critiques acerbes de l’opposition, portée notamment par Tendai Biti, elle témoigne d’une volonté de stabilité assumée par le Zanu-PF. Pour ses partisans, Emmerson Mnangagwa demeure, malgré les soubresauts économiques, l’homme de la situation, celui qui, par sa maîtrise des rouages du pouvoir, est le plus apte à orienter le Zimbabwe vers le développement.
Au-delà des débats constitutionnels, le bilan du président Mnangagwa se mesure à l’aune de ses réalisations concrètes. Depuis son arrivée, le pays a amorcé une transformation infrastructurelle et industrielle notable :
- Transports et Infrastructures : le désenclavement du pays
La modernisation du réseau routier et logistique est l’un des piliers de son action. On peut citer l’échangeur de Trabablas (Mbudzi), inauguré en mai 2025 à Harare pour un investissement de 88 millions de dollars, devenu un nœud vital pour le transit régional de la SADC. À cela s’ajoutent la réhabilitation de plus de 539 kilomètres sur l’axe stratégique Harare-Masvingo-Beitbridge, ainsi que la rénovation complète du poste-frontière de Beitbridge, fluidifiant ainsi le commerce transfrontalier. L’aéroport international Robert Gabriel Mugabe a également bénéficié d’une extension d’envergure, renforçant les capacités logistiques et touristiques du pays.
- Urbanisme et Institutions : le symbole de la modernité
Le nouveau bâtiment du Parlement à Mount Hampden, complexe monumental financé par la Chine, illustre cette volonté de doter le pays d’institutions modernes, tout en décongestionnant le centre historique de Harare.
- Énergie et Ressources : le socle de la croissance
Pour répondre à la crise énergétique, le président a piloté l’expansion de la centrale thermique de Hwange, avec la mise en service des unités 7 et 8 injectant 600 mégawatts sur le réseau national. Parallèlement, le secteur minier connaît un véritable boom, porté par l’ouverture d’usines de traitement de lithium, comme la mine de Sabi Star, et l’attractivité croissante des projets miniers sous l’impulsion de la ZIDA.
- Agriculture et Souveraineté hydrique
Face aux sécheresses cycliques, le gouvernement a fait de la sécurité hydrique une priorité absolue. La construction et la réhabilitation de barrages majeurs, tels que le barrage de Muchekeranwa et celui de Chivhu, ont permis de bâtir de nouveaux réseaux d’irrigation commerciale, sécurisant ainsi les récoltes et l’avenir agricole du Zimbabwe.
En somme, derrière la controverse politique, Emmerson Mnangagwa trace un sillon qui, selon ses soutiens, pose les jalons d’un Zimbabwe résilient. À 83 ans, le « rossignol » de la politique zimbabwéenne semble plus que jamais déterminé à transformer sa longévité au pouvoir en une période de construction durable pour la nation.