
Les relations entre la France et la Guinée équatoriale traversent une zone de fortes turbulences. En réaction à la mise en vente annoncée par Paris d’un bien immobilier diplomatique équato-guinéen situé avenue Foch, à Paris, les autorités de Malabo menacent de prendre des mesures de rétorsion immédiates.
Par le biais d’une déclaration publiée sur le réseau social X (anciennement Twitter), le président équato-guinéen, Teodoro Nguema Obiang Mangue, a adressé un avertissement sans équivoque aux autorités françaises. Il a prévenu que toute entrave au droit international ou toute poursuite de la procédure de vente immobilière entraînerait des conséquences diplomatiques majeures, pouvant aller jusqu’à l’expulsion des diplomates français, la saisie de l’ambassade de France à Malabo, voire une rupture totale des relations bilatérales.
Un contentieux judiciaire persistant
Ce nouvel épisode s’inscrit dans le prolongement d’un long feuilleton judiciaire opposant les deux pays.
Les faits remontent en 2010
L’affaire concerne un hôtel particulier de luxe de 3 000 m² situé dans le 16ᵉ arrondissement de Paris. Réparti sur six étages, il comprend 101 pièces, un hammam, une salle de cinéma, une discothèque et même des robinets en or.
Cette demeure a été achetée et aménagée par Teodorin Obiang. Selon la justice française, ce bien, estimé à plus de 100 millions d’euros, a été financé grâce à des fonds publics détournés et à des faits de corruption en Guinée équatoriale.
Les principales étapes de l’affaire
- 2010 – 2021 : la procédure en France
À la suite de plaintes déposées par plusieurs ONG, notamment Sherpa et Transparency International, une enquête est ouverte. En 2012, une vaste perquisition est menée dans l’hôtel particulier. Les autorités saisissent de nombreuses œuvres d’art, du mobilier de luxe ainsi que des voitures de sport. Teodorin Obiang est ensuite renvoyé devant le tribunal correctionnel Paris. - 2016 – 2020 : la bataille devant la Cour internationale de justice (CIJ)
Pour empêcher la saisie du bâtiment, la Guinée équatoriale affirme que l’immeuble est devenu une ambassade, afin de lui faire bénéficier de l’immunité diplomatique. Le pays saisit alors la Cour internationale de justice à La Haye. - 2022 : la demande de restitution
Après les condamnations, l’État de Guinée équatoriale demande à la Cour d’appel de Paris de lui restituer l’immeuble, en soutenant que celui-ci appartient à l’État et non à Teodorin Obiang.
- 2025 : une nouvelle procédure d’urgence
Alors que la France prépare la vente du bâtiment, la Guinée équatoriale saisit une nouvelle fois la CIJ pour tenter de bloquer cette vente.
Les décisions de justice
Toutes les décisions rendues ont confirmé la position de la France.
En 2021, la Cour de cassation confirme définitivement la condamnation de Teodorin Obiang : trois ans de prison avec sursis, 30 millions d’euros d’amende et la confiscation de tous les biens saisis, dont l’hôtel particulier de l’avenue Foch.
- En 2020, la Cour internationale de justice estime que le bâtiment n’a jamais eu le statut officiel d’ambassade et rejette l’argument de l’immunité diplomatique.
- En juin 2022, la Cour d’appel de Paris déclare irrecevable la demande de restitution présentée par la Guinée équatoriale.
- En septembre 2025, la CIJ rejette également la demande de Malabo visant à empêcher la vente de l’immeuble.
Situation actuelle
En juin 2026, l’Agence française de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc) a officiellement lancé la mise en vente du 42 avenue Foch.
Selon la loi française adoptée en 2021, l’argent issu de cette vente, estimée à plus de 100 millions d’euros, ne sera pas conservé par l’État français. Il devra être utilisé pour financer des projets de développement destinés à bénéficier directement aux populations de Guinée équatoriale, considérées comme les victimes de la corruption.c’est pourquoi,les autorités équato-guinéennes dénoncent une « politique de harcèlement systématique » menée par la France. Pour Malabo, les décisions de justice internationales et françaises, perçues comme étant sous influence politique occidentale, sont jugées injustes, notamment en ce qui concerne la gestion de leur patrimoine immobilier à Paris.
Des tensions sécuritaires en toile de fond
Au-delà du différend foncier, le vice-président a réactivé des accusations sensibles. Il a notamment pointé du doigt une implication présumée de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) dans une tentative de coup d’État survenue en décembre 2017 des allégations que Paris a toujours formellement rejetées.
Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte régional marqué par une remise en cause croissante de la présence et de l’influence française dans plusieurs pays du continent africain, notamment au Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso). La Guinée équatoriale affirme désormais vouloir rompre avec ce qu’elle qualifie d’ingérence, marquant une nouvelle étape dans la recomposition des relations entre Paris et ses partenaires africains.
À ce jour, le Quai d’Orsay n’a pas encore réagi officiellement à cette mise en garde des autorités de Malabo.