
Des manœuvres navales historiques à l’implantation du géant Aselsan, l’Égypte et la Türkiye tournent définitivement la page d’une décennie de tensions pour bâtir un partenariat militaire et industriel stratégique au cœur d’un Moyen-Orient fracturé.
La fin d’une décennie de gel diplomatique
La signature d’une lettre d’intention par les ministres de la Défense égyptien et turc marque un tournant majeur. Après des années de rupture diplomatique, les deux puissances régionales institutionnalisent leur rapprochement militaire.
Cette réconciliation, amorcée par le rétablissement des ambassadeurs en 2023 et scellée par les sommets entre les présidents Recep Tayyip Erdogan et Abdel Fattah al-Sissi, trouve désormais son prolongement le plus concret sur le terrain de la technologie militaire et des opérations combinées.
Une interopérabilité militaire relancée à marche forcée
Le réchauffement des relations bilatérales s’est rapidement traduit par des actes tangibles :
Exercice « Mer de l’amitié » (2025) : Une manœuvre navale conjointe inédite, organisée pour la première fois en treize ans.
Extension interarmées : Les entraînements militaires ont été élargis aux forces aériennes (avec des exercices croisés en Égypte et en Turquie) ainsi qu’aux unités d’élite des forces spéciales.
« Face à la multiplication des foyers d’embrasement de Gaza au Soudan, en passant par la Libye, la mer Rouge et la Méditerranée orientale — Le Caire et Ankara font le pari de la coordination géostratégique. »
L’industrie de défense comme ciment économique
Au-delà de la diplomatie des casques, c’est l’axe militaro-industriel qui structure ce nouveau partenariat. L’année 2025 a agi comme un accélérateur :
Implantation d’Aselsan : Le groupe turc de haute technologie militaire a officialisé l’ouverture de sa filiale Aselsan Egypt lors du salon EDEX au Caire, visant approvisionner l’armée égyptienne et les marchés régionaux.
- Co-production technologique : Des accords majeurs ont été conclus pour la fabrication de véhicules terrestres sans pilote au sein de l’usine égyptienne Kader Advanced Industries, rapidement suivis par des projets conjoints de fabrication de drones.
- Pour l’Égypte, l’enjeu est double : opérer un transfert technologique indispensable, diversifier ses fournisseurs d’équipements et muscler ses capacités face à la prolifération des menaces asymétriques. Pour la Türkiye, Le Caire représente un marché de premier plan et un tremplin incontournable vers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, comme le souligne l’analyste Karam Saïd (Centre Al-Ahram).
Vers un partenariat durable ?
Malgré des rivalités historiques et des divergences persistantes notamment sur les dossiers libyen et est-méditerranéen , les deux capitales affichent une convergence de vues pragmatique, particulièrement sur la gestion des crises humanitaires et sécuritaires à leurs portes.
La solidité à long terme de cet axe inédit dépendra désormais de sa capacité à transformer ces ambitions politiques en contrats industriels pérennes et en mécanismes de concertation permanents. Une nouvelle architecture de sécurité est en train de naître sur les rives de la Méditerranée orientale.