
À la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, l’exercice était inédit et le test de crédibilité majeur. Ce jeudi, au siège de l’ONU à New York, s’est tenu le grand débat télévisé opposant les prétendants au poste de Secrétaire général de l’organisation. Parmi eux, une figure retient particulièrement l’attention : Macky Sall, ancien président du Sénégal et unique candidat du continent africain dans cette course stratégique.
Face à des concurrents de taille aux profils internationaux chevronnés à l’instar de Michelle Bachelet, Rebeca Grynspan ou encore Rafael Grossi , le leader sénégalais disposait d’un temps reparti sur 90 minutes pour convaincre. Si l’exercice ne débouche pas immédiatement sur un vote décisionnel, il constitue une étape clé destinée à marquer les esprits avant les tractations diplomatiques décisives prévues en septembre au Conseil de sécurité.
L’expérience du terrain et la partition de l’Afrique
Dès son introduction, Macky Sall s’est appuyé sur sa solide trajectoire étatique et diplomatique pour ancrer sa légitimité. Évoquant ses deux mandats à la tête du Sénégal, sa présidence de la CEDEAO confrontée aux crises sécuritaires régionales, ainsi que sa gestion de l’Union Africaine, l’ancien chef d’État a rappelé son rôle de médiateur dans les plus grands conflits contemporains.
Il est notamment revenu sur son déplacement à Sotchi auprès de Vladimir Poutine au début de la guerre en Ukraine. Une démarche audacieuse à l’époque, entreprise alors que peu y étaient favorables, mais qui aura permis, selon lui, de jouer la partition propre à l’Afrique pour préserver la sécurité alimentaire et plaider la paix.
Rupture avec l’ONU théorique
Interrogé sur le bilan et l’orientation qu’il donnerait à l’organisation dès un premier mandat, le candidat n’a pas hésité à poser un diagnostic direct. Dénonçant une bureaucratie internationale devenue « beaucoup plus théorique », il a fustigé l’enchaînement stérile de « 172 réunions sans véritable action concrète ».
Pour Macky Sall, la réorganisation de l’institution doit épouser une approche résolument pratique :
« Ce que je souhaite apporter à l’Organisation, c’est une expérience de près de 40 ans de responsabilité publique […]. Il est temps de faire mieux avec moins, il est temps d’utiliser le plein potentiel de l’ONU. »
S’agissant des finances, un domaine critique pour l’institution, le candidat prône une révision globale de l’architecture financière internationale. Face au surrendettement des pays en développement, il plaide pour l’association étroite des financements publics, des partenariats privés et des membres du Conseil de sécurité afin de mieux mitiger les risques d’investissement.
Cap sur la jeunesse, l’emploi et les réformes
Pour restaurer l’efficacité de la maison de verre, Macky Sall invite à un retour aux fondamentaux : la paix, la sécurité internationale et les droits humains. Pointant du doigt le défi colossal de millions de jeunes sans emploi à travers le monde, il fait de l’intégration sociale, de la création d’opportunités économiques et de la place accordée aux femmes et aux jeunes filles la pierre d’angle du développement mondial.
En conclusion de son grand oral, le candidat africain a présenté une feuille de route claire s’articulant autour de trois priorités stratégiques :
- Paix et sécurité : Renforcement de la diplomatie préventive, des systèmes d’alerte précoce et concertation renforcée avec les organisations régionales.
- Efficacité opérationnelle : Évaluation des structures et des mandats (initiative ONU 80), résolution de la crise de liquidité de l’ONU et amélioration de la transparence.
- Droits humains et développement (Après-2030) : Partenariats stratégiques avec les institutions de Bretton Woods, le secteur privé et la société civile pour faciliter l’accès des pays émergents aux marchés des capitaux et à l’innovation.
« Au cours de mes 100 premiers jours, je veux restaurer la confiance et placer l’ONU sur la voie d’une organisation plus souple, plus efficace, prête à écouter, à agir et à rassembler , a-t-il conclu.
Alors que les grandes manœuvres diplomatiques s’intensifient, l’intervention de Macky Sall confirme les ambitions du continent africain de peser de tout son poids sur la gouvernance mondiale de demain.