13 août 2026, 5:53 pm

FACTURE SALÉE ET TENSIONS RÉGIONALES : PRETORIA EXIGE LE REMBOURSEMENT DU RAPATRIEMENT DE 80 000 MIGRANTS

La facture passe mal. Confrontée à une pression migratoire sans précédent sur fond de violences et de contestations anti-immigration, l’Afrique du Sud réclame désormais aux gouvernements africains concernés le remboursement intégral des frais engagés pour le rapatriement de plus de 80 000 immigrants.Mais le Ghana riposte et dit non. Le gouvernement ghanéen affirme haut et fort que l’évacuation de ses compatriotes a été entièrement financée par le Ghana et qu’il ne paiera rien.

Une addition explosive de près de 18 millions de dollars

Selon les informations communiquées aux législateurs par le ministère de l’Intérieur sud-africain, l’État a dû débourser près de 18 millions de dollars pour héberger et transporter des ressortissants étrangers exigeant de regagner leur pays d’origine.
Des demandes écrites d’indemnisation ont d’ores et déjà été adressées par le ministère des Affaires étrangères à plusieurs pays, dont :

  • Le Malawi
  • L’Éthiopie
  • Le Nigeria

Ces fonds d’urgence ont principalement servi à financer des centres de rapatriement temporaires, les heures supplémentaires du personnel et le transport des migrants par bus. Qualifiées d’« imprévues et inévitables » par Tommy Makhode, directeur général du ministère de l’Intérieur, ces dépenses mettent sous tension les finances de plusieurs municipalités qui réclament elles aussi des comptes. Le ministre de l’Intérieur, Leon Schreiber, a quant à lui souligné le caractère inédit de ce volume massif d’expulsions.

Le Ghana monte au créneau et refuse net

Alors que Pretoria tente de faire payer l’addition, Accra riposte par un communiqué musclé émanant de son ministère des Affaires étrangères. Le gouvernement ghanéen affirme haut et fort que l’évacuation de ses compatriotes a été entièrement financée par le Ghana et ses partenaires.
Zéro aide financière : Accra martèle n’avoir sollicité aucun soutien matériel ou financier de la part du gouvernement sud-africain.
Plus de 1 600 Ghanéens évacués : Depuis mai 2026, l’État ghanéen prend en charge l’intégralité des coûts, incluant fonds de réintégration, frais de transport et articles de secours à l’arrivée.
Une mise au point ferme : Le Ghana insiste sur le fait qu’il ne figure en aucun cas sur la liste des pays redevables envers Pretoria pour ces opérations.
Une poudrière sécuritaire et diplomatique
Cette polémique financière met en lumière la fracture grandissante au sein du continent face à la crise migratoire sud-africaine.
Des chiffres vertigineux : Si les chiffres officiels sud-africains font état de 82 875 personnes rapatriées volontairement ou expulsées, les gouvernements des pays d’origine estiment plutôt ce total à environ 178 000 personnes. Rien qu’entre avril et juillet, 16 078 ressortissants (notamment du Lesotho, du Malawi, de Tanzanie, du Zimbabwe et du Mozambique) ont transité par le centre de Lindela.
Répression tous azimuts : Portées par des groupes anti-immigration qui accusent les étrangers d’alimenter le chômage, la criminalité et la saturation des services publics, les autorités sud-africaines intensifient la cadence. Près de 60 000 personnes en situation irrégulière ont été interpellées, dont 16 208 rien qu’au mois de juillet.
L’impasse diplomatique : Accusé par certains États de ne pas protéger les étrangers ce que Pretoria nie , le gouvernement sud-africain fait face à une fronde diplomatique. Une tentative du Ghana d’inscrire cette crise brûlante à l’ordre du jour de l’Union africaine a d’ailleurs récemment été rejetée par l’instance continentale.
Entre des caisses publiques sud-africaines asphyxiées par ces dépenses non budgétisées et des pays d’origine bien décidés à ne pas payer pour des expulsions subies, la crise est loin d’avoir trouvé son épilogue.

Redige par: clement Djomangola

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