
Le Ghana a officiellement achevé son opération de rapatriement de ses ressortissants présents en Afrique du Sud, dans un contexte marqué par une recrudescence des violences xénophobes et des attaques visant des ressortissants africains. Le dernier contingent, composé de 41 personnes, a atterri à l’aéroport international d’Accra, portant à près de 1 900 le nombre total de citoyens volontaires rapatriés depuis le lancement de l’opération en mai dernier. Cette opération n’est pas la seule action du Ghana. Le pays a également introduit une note au sein de l’Union africaine afin que la xénophobie soit débattue et condamnée. Il a aussi refusé la visite de Cyril Ramaphosa et, par ailleurs, refusé de payer la somme que Pretoria prétendait lui réclamer. Le pays a également décliné une offre d’environ 1,8 million de dollars formulée par MTN Ghana pour la réintégration des rapatriés, préférant garder la maîtrise totale du dispositif.

Une opération humanitaire d’ampleur
Face à la dégradation de la situation sécuritaire en Afrique du Sud, les autorités ghanéennes ont décidé de mettre en place un dispositif exceptionnel pour assurer la protection de leurs ressortissants. Cette opération de rapatriement, entièrement pilotée par l’État ghanéen, a été présentée comme une réponse humanitaire urgente à une crise devenue préoccupante pour la communauté ghanéenne installée dans le pays. À l’arrivée du dernier groupe, le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a salué la résilience des rapatriés et a souligné l’importance de cette action collective menée par le gouvernement pour mettre ses citoyens à l’abri. Il a invité les rapatriés à transformer cette expérience difficile en opportunité de contribution au développement national.

Les actions menées par le Ghana
Au cours de cette crise, le Ghana a multiplié les initiatives pour protéger ses ressortissants et faire entendre sa position sur la scène diplomatique africaine.
D’abord, Accra a organisé et financé le rapatriement volontaire de ses citoyens présents en Afrique du Sud. L’opération a été conduite sans demande d’aide financière ou matérielle à Pretoria, les autorités ghanéennes affirmant avoir assumé seules les coûts logistiques et administratifs du dispositif. Ensuite, le gouvernement a pris en charge le retour des dépouilles de quatre ressortissants ghanéens. Deux d’entre eux avaient perdu la vie directement à la suite des violences sur le sol sud-africain, tandis que deux autres sont décédés après leur retour au Ghana. Cette dimension humaine a renforcé la gravité de la crise aux yeux des autorités. Parallèlement, le Ghana a saisi l’Union africaine à plusieurs reprises afin que les violences xénophobes et « afrophobes » soient débattues au niveau continental. L’objectif était d’obtenir une réponse africaine coordonnée, dépassant le cadre bilatéral entre Accra et Pretoria. Le pays a également travaillé en coordination avec le Nigeria pour appeler à un examen approfondi de la situation. Les deux pays ont qualifié ces attaques de manifestations d’« afrophobie », estimant qu’il s’agissait d’un problème politique et humanitaire nécessitant une réponse collective de l’Afrique. Dans le même temps, le gouvernement ghanéen a renforcé son encadrement du retour et de la réintégration des rapatriés. Il a insisté sur la nécessité d’un suivi sanitaire, d’un accompagnement social et d’une mobilisation des compétences de ces citoyens afin qu’ils puissent contribuer au développement économique et social du pays.
Enfin, Accra a adopté une ligne diplomatique ferme vis-à-vis de Pretoria. Le Ghana a rejeté la demande de remboursement des frais de rapatriement, estimant que l’opération avait été entièrement financée par l’État ghanéen et ses partenaires. Le pays a également décliné une offre d’environ 1,8 million de dollars formulée par MTN Ghana pour la réintégration des rapatriés, préférant garder la maîtrise totale du dispositif.
Un lourd bilan humain
Cette opération a été accompagnée d’un bilan humain douloureux. L’État ghanéen a aussi organisé le rapatriement des dépouilles de quatre de ses ressortissants, symbole de la violence de la crise. Ces pertes ont accentué la volonté des autorités de voir la question traitée avec sérieux au niveau continental et diplomatique.
Des répercussions diplomatiques
La crise a aussi eu un impact sur les relations entre Accra et Pretoria. Le Ghana aurait refusé ou reporté une visite d’État du président sud-africain Cyril Ramaphosa, initialement évoquée pour août 2026. Cette décision aurait été motivée par le climat émotionnel et sécuritaire créé par les violences contre les ressortissants ghanéens, ainsi que par la mort d’un citoyen lors d’incidents survenus fin juin 2026. De son côté, l’Afrique du Sud a nuancé certaines informations, en indiquant qu’il s’agissait plutôt de discussions autour d’une commission binationale que d’une visite d’État formellement rejetée. Mais pour Accra, le message est resté constant : aucune normalisation complète ne peut être envisagée sans garanties concrètes pour la sécurité des ressortissants ghanéens.
Vers une réintégration durable
Désormais, les autorités ghanéennes veulent accompagner le retour des rapatriés dans une logique de reconstruction et de réintégration. Le ministre des Affaires étrangères a appelé les concernés à mettre leurs expériences et leurs compétences au service du pays, tandis que l’État entend poursuivre le soutien sanitaire et social nécessaire à leur installation durable.
Conclusion
En bouclant le rapatriement de ses derniers ressortissants, le Ghana a démontré une stratégie articulée autour de plusieurs axes : protection consulaire, rapatriement sécurisé, prise en charge des dépouilles, saisine de l’Union africaine, coordination régionale, refus des frais réclamés par Pretoria et encadrement de la réintégration. Cette crise a ainsi révélé une volonté ferme d’Accra de défendre ses citoyens, tout en appelant à une réponse africaine commune contre les violences xénophobes et l’« afrophobie ».