24 septembre 2026, 4:00 pm

L’AFRIQUE FACE À L’ONU : LE BURKINA FASO CHOISIT UNE AUTRE VOIE ET RÉCLAME LA SOUVERAINETÉ TOTALE

À New York, la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies (AGNU) s’ouvre sur un constat de rupture. Face à un système multilatéral jugé obsolète et injuste, la voix de l’Afrique ne se contente plus de murmurer des doléances : elle exige une refondation totale. Entre quête de réformes internes et rupture souverainiste portée par l’Alliance des États du Sahel (AES), le continent est à la croisée des chemins.

Par la rédaction

Le décor est planté, mais le scénario change. À la tribune de l’ONU, le défilé des chefs d’État africains résonne cette année comme un réquisitoire unanime contre l’ordre mondial hérité de 1945. Quatre-vingt-un ans après la création de l’organisation, le constat est accablant.Le Kenya a ouvert le bal des frustrations en rappelant l’anachronisme absolu d’un Conseil de sécurité où le continent africain ne dispose toujours d’aucun siège permanent. Une exclusion géopolitique que la Sierra Leone, par la voix de son président Julius Maada Bio, a choisi de lier à une exigence historique de réparation pour les préjudices de l’esclavage et du colonialisme. L’Angola a enfoncé le clou par un constat lucide de son président João Lourenço : les grandes puissances ont échoué à pacifier le monde, prouvant que le logiciel multilatéral actuel est définitivement périmé. Enfin, brisant les tabous diplomatiques, la Tanzanie a profité de cette tribune pour dénoncer le jeu hypocrite des sanctions internationales, réaffirmant son soutien à Cuba et au Zimbabwe.Au-delà du siège politique, le piège économiquePourtant, une question brûlante s’impose derrière le tumulte des discours : courir après un siège à New York a-t-il encore un sens si, sur le terrain, les ressources africaines continuent d’être pillées et exportées à l’état brut ?

À quoi sert le prestige politique si l’Afrique ne contrôle ni la transformation de ses richesses, ni son innovation, ni sa technologie ? Pour les observateurs les plus critiques, mendier une place à la table des puissants revient à accepter implicitement de rester sous leur tutelle économique.C’est précisément sur cette ligne de faille que le Burkina Faso et ses alliés de la Confédération AES (Mali et Niger) ont choisi de fracturer le vieux consensus diplomatique.

La méthode AES : La bataille du narratif et de la souveraineté

Emmenée par son ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, la délégation burkinabè refuse de jouer les victimes ou de quémander une validation extérieure. À New York, l’AES mène une véritable « bataille du narratif ». Le mot d’ordre est inflexible : « Nous parlons pour nous-mêmes, et personne ne dictera notre avenir ».Pour Ouagadougou, la souveraineté ne se négocie pas dans les couloirs de Manhattan ; elle se construit d’abord dans les champs, les usines et les laboratoires africains. Le Burkina Faso déplace ainsi le débat là où il fait mal : la gestion autonome, la transformation locale des matières premières et l’innovation technologique. Le message envoyé au monde est clair : il n’y aura pas de voix politique forte sans une souveraineté économique et alimentaire absolue sur le terrain.  En exigeant un traitement d’égal à égal avec chaque puissance de cette planète, le Burkina Faso trace une voie nouvelle. Celle d’une Afrique qui cesse d’être un sujet de discussion pour devenir l’acteur principal de son destin. Le continent ne veut plus être sur le menu, il veut s’asseoir à la table, selon ses propres règles. Reste une interrogation majeure qui divise le continent : l’Afrique doit-elle continuer à tenter de réformer l’ONU de l’intérieur, ou doit-elle suivre la ligne de fermeté rupture de l’AES pour s’émanciper définitivement ?

Escalade militaire en Éthiopie : l’Union africaine appelle à une désescalade immédiate

Le président de la Commission de l’Union africaine (CUA), S.E. Mahmoud Ali Youssouf, a exprimé sa profonde préoccupation face à la résurgence des tensions et à l’escalade militaire dans le nord de l’Éthiopie. L’UA exhorte l’ensemble des acteurs à faire preuve d’une retenue absolue pour éviter un embrasement de la région.

Les aéroports du Tigré sous contrôle du TPLF

La situation sur le terrain s’est fortement détériorée ces derniers jours. Le président de la CUA dénonce notamment la saisie et l’occupation stratégique des aéroports de Mekelle, Axum et Shire par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Ces actions, doublées de la détention de personnel fédéral, ont entraîné une paralysie complète des services aériens civils dans la zone. L’UA s’inquiète également d’une intensification des combats dans le sud du Tigré et dans la région limitrophe de l’Afar.

L’Accord de Pretoria menacé par de nouvelles alliances

Pour la Commission, la formation récente de nouvelles alliances politiques et militaires fait peser un risque systémique sur la Corne de l’Afrique. Ce regain de tension menace d’inverser les acquis de l’initiative « Faire taire les armes » portée par l’organisation depuis 2020. L’UA rappelle avec fermeté que l’Accord de Pretoria, signé le 2 novembre 2022, reste la pierre angulaire de la paix en Éthiopie. L’occupation des infrastructures civiles par les forces tigréennes constitue une violation directe des engagements pris en Afrique du Sud.

Appel à la retenue et diplomatie d’urgence

Face au risque de déstabilisation régionale, Mahmoud Ali Youssouf lance un double appel : une cessation immédiate des hostilités par les parties en conflit, et une neutralité stricte des pays voisins pour ne pas alimenter le brasier. Pour désamorcer la crise, l’UA déploie sa diplomatie d’urgence. L’ancien président nigérian S.E. Olusegun Obasanjo, haut représentant de l’UA pour la Corne de l’Afrique, a été mandaté pour engager des discussions de toute urgence avec les belligérants et relancer le dialogue direct.

Redige par: clement Djomangola

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