26 août 2026, 4:53 pm

LIBYE : JUSQU’À QUAND LE PÉTROLE PROFITERA-T-IL À SON PEUPLE PLUTÔT QU’AUX AUTRES ?

Assise sur les plus grandes réserves de brut d’Afrique, la Libye s’enfonce dans le paradoxe. Entre accords pharaoniques signés avec les multinationales et contrebande institutionnalisée, la manne pétrolière alimente les luttes d’influence au lieu de bâtir la prospérité du pays. Enquête sur un pays sous tension.
La Libye traverse une nouvelle zone de turbulence critique autour de l’exploitation de son or noir. Assise sur un océan de hydrocarbures, elle détient pourtant les plus vastes réserves pétrolières du continent africain. Fin janvier dernier, le gouvernement de Tripoli a scellé un accord stratégique de 25 ans avec le français TotalEnergies et l’américain ConocoPhillips, prévoyant plus de 20 milliards de dollars d’investissements dans les champs pétroliers et gaziers. Au cours du même mois, des concessions initiales portant sur des volumes considérables ont été octroyées à des compagnies étrangères pour une durée de 17 ans.
Pourtant, ce trésor national, qui devrait constituer le moteur de la relance libyenne et un levier d’intégration pour l’Afrique, demeure le théâtre de crises institutionnelles aiguës et de convoitises géopolitiques étrangères. Depuis l’assassinat de Mouammar Kadhafi, la population s’enlise dans la pauvreté au rythme d’une instabilité chronique.

Une balkanisation du pouvoir et des circuits illégaux

Face à cette situation, une question s’impose : que se passe-t-il réellement sur le terrain ? Le pays demeure fracturé entre deux exécutifs rivaux qui se disputent âprement le contrôle des leviers régaliens : d’un côté, l’administration de l’ouest, basée à Tripoli, reconnue par l’ONU et dirigée par Abdelhamid Dbeibah ; de l’autre, un pouvoir parallèle ancré à Benghazi (à l’est), sous la coupe du maréchal Khalifa Haftar.
Cette balkanisation institutionnelle a des répercussions directes sur l’économie :

  • Une contrebande tolérée ou encouragée : L’Organisation des Nations unies (ONU) n’a pas manqué de pointer du doigt la vente illégale de pétrole libyen en marge des circuits officiels.
  • Des enquêtes réclamées : Dans la foulée, le Conseil présidentiel libyen a exigé du procureur général l’ouverture d’une enquête approfondie sur Arkenu, une entreprise clé opérant dans le secteur depuis 2013, afin de tracer les flux financiers occultes et d’identifier les complices de cette contrebande à grande échelle.

Le retour en force des majors face au désespoir de la rue

Paradoxe suprême : tandis que les institutions se déchirent, les mastodontes de l’énergie continuent de parier sur le pays. Le gouvernement reconnu par l’ONU et la Compagnie nationale de pétrole (NOC) ont officialisé un nouvel accord de partage de production avec l’américain Chevron. Portant sur un bloc stratégique du bassin de Syrte, ce texte vise à propulser la production nationale à 1,5 million de barils par jour.
Si ce partenariat illustre le retour progressif des multinationales pétrolières, il se heurte à un plafond de verre infranchissable : l’instabilité politique structurelle de la Libye.
Pendant que les profits s’évaporent dans des guerres de clans et des luttes d’influence, le peuple libyen paie le prix fort d’une instabilité qui profite toujours aux mêmes. En réalité, la souveraineté d’un État africain ne sera jamais effective sans le contrôle total, strict et transparent de ses ressources naturelles. Tant que la Libye ne pourra pas convertir son pétrole en éducation, en infrastructures et en avenir pour sa jeunesse, c’est toute la région qui restera assise sur une poudrière.

Pensez-vous que la pression exercée par la communauté internationale et les enquêtes sur la contrebande suffiront à contraindre les dirigeants libyens à unifier la gestion des revenus pétroliers ?

Redige par: clement Djomangola

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