
Arrivé ce lundi 24 août à Alger, le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, a été accueilli à sa descente d’avion par son homologue algérien. Porteur d’un message clé de la part du président de la transition, le chef du gouvernement malien accompagné pour l’occasion d’une forte délégation a ensuite été reçu en audience officielle par le président Abdelmadjid Tebboune. Cette visite diplomatique hautement stratégique, marquée par l’annonce d’une prochaine visite officielle du président Assimi Goïta en terre algérienne, confirme le réchauffement des relations bilatérales et scelle un nouvel axe pragmatique entre Alger et l’Alliance des États du Sahel (AES).En marge de cette visite de travail,le Premier ministre et Chef du gouvernement malien, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a procédé au dépôt d’une gerbe de fleurs au Sanctuaire du Martyr à Alger. Ce geste solennel et hautement symbolique, effectué au cœur de ce monument emblématique dédié à la mémoire des martyrs, vient sceller la profondeur des relations bilatérales et le respect mutuel unissant Bamako et Alger.

Sahel : Le mariage de raison entre Alger et l’AES rebat les cartes
Le rapprochement entre le Mali et l’Algérie est désormais engagé, et les enjeux sont totaux : sécuritaires, économiques et éminemment géopolitiques.
Sur le plan sécuritaire, le constat s’impose de lui-même. Le Mali et l’Algérie partagent plus de 1 300 kilomètres de frontière, une immense zone saharienne poreuse où prolifèrent groupes armés et réseaux criminels transfrontaliers. Pour Bamako, renouer avec Alger constitue un levier vital pour renforcer le renseignement et verrouiller cette bande frontalière. En miroir, l’Algérie a impérativement besoin d’un Mali stable : une aggravation du chaos dans le nord malien menace directement sa propre sécurité intérieure.
Désormais des médiations au pragmatisme souverain
Pendant des années, l’Algérie a été l’architecte incontournable des pourparlers entre le pouvoir central et les groupes armés du Nord, incarnée par l’Accord d’Alger de 2015. Mais la donne a radicalement changé.
En dénonçant cet accord, le Mali a posé un dogme non négociable : la souveraineté territoriale ne se délègue pas. Finie l’époque des tuteurs ou des arbitres extérieurs. Pourtant, face aux défis immenses du Sahara, Alger redevient un partenaire incontournable, mais sur de nouvelles bases : un partenariat strict, décomplexé et dicté par le pragmatisme opérationnel.

L’ombre de Moscou et le pivot vers l’AES
Dans cette équation complexe, la Russie joue un rôle d’accélérateur de convergence. Partenaire sécuritaire majeur de Bamako, Moscou entretient également un partenariat stratégique de long terme avec Alger. Pour le Kremlin, une confrontation entre ses deux alliés est une hérésie ; la stabilité passe par un dialogue direct.
C’est précisément ce réalisme qui pousse l’Algérie à élargir son action au-delà du seul cas malien, en tendant la main aux autres pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), notamment le Niger à travers des livraisons stratégiques de carburant et de matériel.
Vers un nouvel équilibre géopolitique
Géographiquement, le choc des échelles donne le vertige :
- L’Algérie, géant du Maghreb et plus vaste pays d’Afrique.
- Le bloc de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger), représentant plus de 2,7 millions de kilomètres carrés.
Alors que le retrait de la présence française a laissé un vide béant et que de nouveaux acteurs redessinent la carte du Sahel, ce axe Alger-AES esquisse une nouvelle architecture régionale.
Une visite hautement symbolique
C’est toute la question alors que les lignes bougent : l’Algérie d’aujourd’hui peut-elle devenir le partenaire clé de l’AES ?
Les faits récents s’accélèrent avec la visite officielle du Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, à Alger. Ce déplacement marque un tournant spectaculaire dans le réchauffement des relations bilatérales. Entre impératifs sécuritaires, commerce transfrontalier et projets énergétiques transsahariens, Alger et l’AES tournent la page des tensions pour sceller un mariage de raison géopolitique qui redéfinit, de manière définitive, le destin du Sahel post-français.