
Présente dans plusieurs pays africains, la société de sécurité privée française Amarante International se retrouve au centre de graves accusations en Algérie et en République centrafricaine. L’entreprise est chargée d’assurer la sécurité du personnel de la délégation de l’Union européenne à Bangui, mais son activité fait l’objet de réserves persistantes de la part du ministère centrafricain de l’Intérieur. Dans ces deux dossiers, l’entreprise est soupçonnée d’avoir dépassé le cadre de la sécurité privée pour s’impliquer dans des activités jugées sensibles, irrégulières, voire contraires aux intérêts des États concernés.
En Algérie, des soupçons d’espionnage économique
En Algérie, la filiale locale Amarante International Algérie est citée dans une affaire particulièrement sensible, portée devant la justice. Selon les éléments rapportés, cette structure, officiellement enregistrée comme société de conseil et de sécurité, aurait en réalité servi de couverture à un système organisé de collecte et de transmission d’informations sensibles.
- Les reproches formulés contre la société sont nombreux. Elle est notamment accusée de :
- collecter et transmettre des informations à des entités étrangères ;
- détenir ou exploiter des données susceptibles de porter atteinte à l’économie nationale ;
- exercer des activités commerciales en dehors de l’objet déclaré au registre de commerce ;
- fonctionner sans autorisation légale pour certaines opérations ;
- violer des décisions administratives, malgré une fermeture ordonnée par les autorités.
L’enquête aurait été menée à la suite d’un rapport détaillé faisant état d’activités suspectes. Malgré une décision de fermeture administrative, la société aurait poursuivi ses opérations depuis mars 2024, notamment à travers des échanges directs avec la maison mère française.
Des informations sensibles sur la sécurité intérieure
Toujours selon les éléments disponibles, les responsables et employés de la filiale auraient transmis des rapports détaillés sur la situation sécuritaire et économique du pays. Ces documents comprendraient notamment :
- des informations sur les opérations de police dans plusieurs wilayas ;
- des éléments sans lien avec l’objet social déclaré ;
- une cartographie sécuritaire de l’Algérie ;
- un classement des régions selon leur niveau de risque.
Ces données auraient, selon les enquêteurs, été utilisées pour dissuader les investisseurs étrangers et porter atteinte à l’attractivité économique du pays. La société est ainsi soupçonnée d’avoir servi de réservoir d’informations stratégiques, sous couvert d’activités commerciales ordinaires.
Des moyens de communication non autorisés
D’autres éléments viennent alourdir le dossier, notamment l’utilisation présumée d’équipements de communication non autorisés dans des zones particulièrement sensibles, en particulier les aéroports d’Alger et d’Oran. La société aurait également fourni des services à plusieurs entreprises étrangères opérant en Algérie, renforçant, selon les soupçons, l’idée d’un système structuré d’espionnage économique.
En République centrafricaine, une présence sous surveillance
En République centrafricaine, Amarante International fait également l’objet de réserves persistantes de la part des autorités. Présente dans le pays depuis 2016, l’entreprise est chargée d’assurer la sécurité du personnel de la délégation de l’Union européenne à Bangui. Mais son activité suscite des critiques répétées du ministère centrafricain de l’Intérieur.
Les autorités lui reprochent notamment d’avoir exercé pendant plusieurs années sans structure juridique locale réellement établie. À cela s’ajoutent d’autres griefs :
- des irrégularités administratives et fiscales ;
- l’utilisation d’armes de guerre sans autorisation appropriée ;
- un manque de conformité avec les exigences réglementaires imposées aux sociétés étrangères.
Ces manquements auraient conduit l’administration centrafricaine à renforcer sa vigilance sur les conditions d’exercice de la société sur le territoire national.
Une régularisation imposée en 2025
Sous la pression des autorités, Amarante International a été contrainte de régulariser sa situation en juin 2025. Cette mise en conformité s’est traduite par la création officielle d’une filiale centrafricaine, présentée comme indispensable pour continuer à opérer dans le pays.Cette évolution s’inscrit dans un contexte de contrôle accru de l’État centrafricain sur les entreprises étrangères actives dans des secteurs sensibles, notamment la sécurité privée.
Des partenariats locaux pour maintenir l’activité
Pour exécuter ses contrats à Bangui, Amarante International aurait travaillé en consortium avec des sociétés de sécurité locales, notamment Fox Sécurité et Powers Sécurité. Ce montage devait permettre à l’entreprise de s’appuyer sur des relais nationaux tout en poursuivant ses activités auprès de ses clients internationaux. Mais ce fonctionnement n’a pas suffi à dissiper les réserves. À l’approche d’un nouveau cycle contractuel, la question du renouvellement du marché reste ouverte et politiquement sensible, les autorités centrafricaines surveillant désormais le dossier de très près.
Une même logique de défiance
Au fond, les dossiers algérien et centrafricain traduisent une même logique de défiance à l’égard d’une entreprise étrangère de sécurité privée accusée de dépasser son rôle officiel. En Algérie, les reproches portent sur des soupçons d’espionnage économique, de collecte d’informations stratégiques et de transmission de données à des parties étrangères. En République centrafricaine, il est question de manquements administratifs, fiscaux et réglementaires, ainsi que d’une présence longtemps jugée insuffisamment encadrée.Dans les deux cas, l’affaire illustre la volonté croissante des États africains de mieux contrôler les sociétés étrangères opérant dans des secteurs stratégiques. Elle met aussi en lumière les tensions entre les impératifs sécuritaires des partenaires internationaux et l’exigence de souveraineté des autorités locales.