Aujourd’hui, 15 octobre, l’Afrique et le monde se souviennent. Le Burkina Faso commémore la mémoire du capitaine révolutionnaire Thomas Sankara. 39 ans jour pour jour après son assassinat, le « sankarisme » n’a rien perdu de sa force. Près de quatre décennies plus tard, ses formules percutantes, son intégrité et son sourire hantent encore l’esprit d’une jeunesse africaine en quête de souveraineté.

Le jour où le destin a basculé
Le 15 octobre 1987, une rafale de balles brise le destin d’un jeune capitaine de 37 ans au Conseil de l’Entente, à Ouagadougou. Le coup de force est orchestré par ses proches camarades, au premier rang desquels Blaise Compaoré. Douze de ses compagnons d’armes tombent avec lui, éliminés par des réseaux connectés aux intérêts néocoloniaux. Thomas Sankara s’éteint, mais sa légende commence.
La naissance du « Pays des hommes intègres »
Tout commence le 4 août 1983. Porté au pouvoir à seulement 33 ans par un coup d’État d’officiers progressistes, il prend les rênes de la Haute-Volta. Refusant l’héritage colonial, il rebaptise le pays un an plus tard : le Burkina Faso, ou le « Pays des hommes intègres ». Sa mission est claire : secouer le joug impérialiste et redonner sa dignité au peuple.
Quatre ans de révolution globale
Sous le slogan « La Patrie ou la mort, nous vaincrons ! », le capitaine lance des chantiers titanesques en seulement quatre ans :
- Santé : Vaccination de 2,5 millions d’enfants en deux semaines contre la rougeole et la méningite.
- Infrastructures : Lancement de la « bataille du rail » en février 1985.
- Environnement : Plantation de millions d’arbres pour stopper l’avancée du désert.
- Économie et Culture : Émancipation de la femme burkinabè et obligation pour les ministres de porter le Faso Danfani, le tissu local.
Son mot d’ordre tient en une formule devenue historique : « Produisons et consommons burkinabè ».
La voix des sans-voix face à l’impérialisme
Sankara devient rapidement la mauvaise conscience des puissants. En juillet 1987, à Addis-Abeba, il prononce un discours mythique devant l’OUA, appelant les pays africains à refuser collectivement le piège de la dette. À la tribune des Nations Unies, il refuse de parler en vassal. Il fustige l’apartheid, défend la Palestine et rejette une aide internationale qui asphyxie le continent. En bousculant l’ordre établi, il se sait condamné.
Une graine semée pour l’éternité
Le 15 octobre 1987, le leader est tombé. Mais l’histoire a donné raison à sa dernière prédiction, lancée quelques jours avant sa chute : « On peut tuer un homme, mais on ne tue pas les idées ». En tentant d’enterrer le capitaine, ses bourreaux ont en réalité semé une graine. Trente-neuf ans plus tard, l’Afrique n’a pas oublié.