L’Afrique de l’Ouest retient son souffle. Alors que la rupture semblait définitive entre la Confédération des États du Sahel (AES) regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger et la CEDEAO, les lignes géopolitiques bougent à une vitesse spectaculaire. Ce mercredi 14 octobre 2026 à Ouagadougou, la réunion d’urgence de la Task force confédérale sahélienne pose les jalons d’un round de négociations décisif prévu dans les prochains jours à Dakar (Sénégal). Pour la première fois depuis la séparation tumultueuse, la perspective d’un sommet de haut niveau, potentiellement conduit par les dirigeants eux-mêmes, n’a jamais semblé aussi proche. Les États et la CEDEAO pourront ils enfin reprendre la main sur leur destin commun ?

L’effet « Diomaye Faye » : La diplomatie de la main tendue
L’accélération actuelle du calendrier diplomatique doit beaucoup à la posture de Bassirou Diomaye Faye, le chef de l’État sénégalais et actuel président en exercice de la CEDEAO. Contrairement à la ligne dure adoptée par ses prédécesseurs, le président sénégalais incarne une diplomatie du dialogue et du pragmatisme. Sa récente visite officielle à Bamako pour s’entretenir avec le général Assimi Goïta, ainsi que la multiplication des rencontres confidentielles entre émissaires de la CEDEAO et dirigeants sahéliens ces derniers mois, ont permis de briser la glace.
En se positionnant comme un « trait d’union » naturel le Sénégal étant un membre historique de la CEDEAO tout en partageant des liens profonds et des frontières avec l’espace sahélien , Bassirou Diomaye Faye offre une sortie de crise honorable aux deux blocs.

Le retour du pragmatisme : Économie, monnaie et libre circulation
Derrière la rhétorique de la souveraineté, la réalité du terrain impose ses règles. L’isolement économique prolongé commençait à peser sur les flux commerciaux de la sous-région. À Ouagadougou, les experts de la Task force ont clairement listé les priorités à soumettre aux médiateurs : la libre circulation des personnes et des biens, le commerce intrarégional et les mécanismes institutionnels.
L’un des plus grands points d’interrogation concerne le volet monétaire. Alors que la CEDEAO poursuit ses réformes et ses débats de longue date autour de sa future monnaie commune, l’éventualité d’une monnaie propre à l’AES pèse comme une épée de Damoclès sur l’intégration économique régionale. Les discussions de Dakar s’articuleront donc autour d’un principe fort : comment améliorer et sécuriser les échanges économiques sans que la séparation politique ne vienne asphyxier les populations de l’hinterland et des pays côtiers ?

Nouveau vent ou simple trêve technique ?
Il serait naïf de croire à un retour immédiat des trois pays de l’AES au sein de la CEDEAO. La confiance a été profondément entachée par des mois de sanctions et de déclarations belliqueuses. Cependant, l’étape qui se prépare à Dakar démontre que les deux institutions ont compris qu’une rupture totale est économiquement et sécuritairement suicidaire dans un Sahel en proie aux défis terroristes.
Le rendez-vous de Dakar n’est pas celui d’une capitulation, mais celui d’un compromis stratégique. Reste à savoir si le collège des Chefs d’État de l’AES et la présidence de la CEDEAO sauront transformer ce vent nouveau en un accord durable, pour le bien-être exclusif des peuples d’Afrique de l’Ouest.