
Pendant 100 ans, l’Afrique a envoyé son cacao dans le monde en sacs et l’a reçu en retour sous forme de papillotes », a souligné le ministre d’Etat à l’industrie nigériane John Owan Enoh
Pendant plus d’un siècle, les nations africaines ont alimenté les industries européennes et nord-américaines en cacao brut, subissant de plein fouet la volatilité des prix mondiaux, tout en ne captant qu’une infime fraction, moins de 10 % de la valeur ajoutée du marché mondial du chocolat, évalué à 30 milliards de dollars.
Avec la création de la Cocoa Value Addition Alliance,ces quatre géants: ghana ,cameroun ,le nigeria et la cote d’ivoire qui contrôlent environ 65 % de la production mondiale décident de reprendre les commandes. L’objectif est clair : forcer la relocalisation des activités de broyage, de torréfaction et de transformation directement sur le sol africain. Dans un geste historique qui va bouleverser l’économie mondiale, le Nigeria, le Ghana, le Cameroun et la Côte d’Ivoire mettront ce projet dans le projet forum à Abuja. Cette alliance inédite marque la fin du modèle colonial d’exportation de fèves brutes et impose, pour la première fois, une stratégie commune de transformation locale .Le Nigeria présentera les plans de sa plus grande usine de cacao, une installation de 70.000 tonnes dans l’État d’Ogun, dont l’ouverture est prévue en 2027, avec une mise en service programmée pour 2027 qui permettra définitivement à ces ÉTATS de transformer sur place.
Vers la fin de l’extraction brute
Une réponse à la volatilité et à l’arbitraire
Le marché du cacao a connu une instabilité sans précédent ces 18 derniers mois, avec des cours oscillant brutalement entre 3 000 et 11 000 dollars la tonne. Ces fluctuations ont dévasté les revenus des petits exploitants.
« Le siècle de l’exportation de fèves brutes est révolu », a déclaré Odenke Ibiang, du ministère nigérian de l’Industrie. En agissant désormais en tant que bloc unifié, ces nations ne seront plus de simples fournisseurs, mais des négociateurs de poids capables d’imposer leurs standards et de garantir des prix rémunérateurs à leurs producteurs.
Un front uni face aux nouvelles réglementations européennes
La pression des nouvelles réglementations environnementales, notamment le règlement de l’Union européenne sur la déforestation (EUDR) qui entrera en vigueur le 30 décembre 2026, a servi d’accélérateur à ce rapprochement.
Plutôt que de subir individuellement les exigences technologiques de traçabilité imposées par Bruxelles, l’alliance exigera :
Un partage équitable des coûts liés aux infrastructures de suivi numérique.
Des primes garanties pour le cacao certifié durable.
Une position de négociation commune pour ne plus être à la merci des décisions unilatérales des régulateurs européens.
Un impact global en perspective
Pour les géants du secteur comme Barry Callebaut ou Cargill, le message est limpide : le modèle doit changer. Pour sécuriser leurs approvisionnements, ces multinationales devront désormais investir massivement dans des infrastructures industrielles situées au plus près des champs.
Au-delà du cacao, cette initiative pourrait faire école. Dans toute l’Afrique, d’autres filières, comme le thé au Kenya ou le café en Ouganda, observent avec attention cette montée en puissance. La Déclaration d’Abuja ne concerne pas seulement le cacao ; elle pose les jalons d’un nouveau modèle économique africain : celui où la richesse est créée là où elle est produite.
L’Alliance des quatre nations se réunira officiellement à Abuja lors du sommet « From Bean to Brand » pour sceller cet accord qui pourrait bien être le catalyseur de la transformation industrielle du continent.