
C’est un séisme judiciaire et politique qui vient d’ébranler la Grande Île. Ancien homme fort de l’appareil sécuritaire et ex-président du Sénat, l’ancien dauphin du régime de Andry Rajoelina ,le général Richard Ravalomanana a été condamné à dix ans de travaux forcés par la Cour criminelle d’Antananarivo. L’homme qui aurait ordonné que les manifestants pacifiques, descendus dans la rue les mains nues pour réclamer un Madagascar prospère, soient abattus est désormais derrière les barreaux.« Un verdict implacable, prononcé après six heures d’un procès sous haute tension, qui scelle la chute spectaculaire de celui que l’on surnommait le « général Baomba ». Cette infraction n’est pas la seule qui lui est reprochée. L’ancien sénateur serait également impliqué dans des affaires de corruption.

Le prix du sang et de la répression
Au banc des accusés, les fantômes de la crise de septembre et octobre 2025. Dans un pays secoué par des manifestations d’une rare intensité portées notamment par la jeunesse , la réponse des forces de l’ordre avait tourné au carnage. Pour la justice, la ligne jaune a été franchie : l’ancien chef de la Gendarmerie est jugé coupable d’avoir directement ordonné la violence, actant sa condamnation pour complicité de meurtre et de coups et blessures volontaires.
La justice a ainsi voulu frapper fort, refermant un chapitre sombre où l’impunité des hauts dignitaires semblait intouchable. Si le chef d’inculpation pour menaces de meurtre a été écarté pour cause de prescription, le compte y est pour les magistrats : le sommet de l’État répond de ses actes.

L’accélération d’une chute politique
La descente aux enfers de l’ancien dauphin du régime de Andry Rajoelina s’est jouée en quelques mois. Éjecté de la présidence du Sénat en octobre 2025, déchu de son mandat, arrêté inopinément chez lui en décembre avant d’atterrir dans la prison de haute sécurité d’Imerintsiatosika en janvier, Richard Ravalomanana expérimente à son tour la brutalité des soubresauts malgaches.
Transféré manu militari sous escorte vers sa cellule, l’ancien gradé encaisse un verdict historique. Ses conseils, cernés par la vindicte populaire et l’attente de vérité des familles de victimes, ont immédiatement annoncé un recours en appel.
Alors que le pouvoir en place tente de redéfinir les équilibres politiques du pays à travers des consultations nationales, ce procès des responsabilités sécuritaires résonne comme un avertissement sans frais adressé à tous les césars de la République : à Madagascar, le temps de l’impunité vacille. L’affaire, loin d’être close, se déplacera bientôt sur le terrain de la Cour suprême.