
Par Balla Inès
Comment peut-on encore prononcer le mot « esclavage » au XXIᵉ siècle sans ressentir un profond malaise ?
Comment l’Afrique peut-elle prétendre porter haut l’étendard de la dignité, de la souveraineté et de la renaissance lorsque, sur son propre sol, des tragédies d’un autre âge persistent dans l’indifférence ? La question n’est plus de savoir s’il faut en parler, mais pourquoi nous avons mis tant de temps à briser le silence.
Aujourd’hui, la Mauritanie se dresse au cœur de cette insoutenable contradiction. Plus de 240 organisations nationales et internationales tirent la sonnette d’alarme sur la condition des Haratines, cette communauté mauritanienne composée en grande partie de descendants d’anciens esclaves. Leur combat n’est pas celui du passé : il dénonce des discriminations systémiques et un héritage de l’esclavage qui continue, chaque jour, de broyer des vies.
L’hypocrisie de nos indignations sélectives
Cet appel devrait résonner comme une onde de choc à travers tout le continent.
Car quelle est la valeur de nos indignations si elles sont à géométrie variable ? Comment pouvons-nous, à juste titre, fustiger le racisme en Occident, dénoncer le néocolonialisme ou pointer du doigt les humiliations subies par les Africains à l’étranger, tout en détournant pudiquement le regard lorsque des Africains sont niés dans leurs droits fondamentaux chez eux, sur leur propre terre ?
Notre crédibilité internationale ne se construira jamais sur nos discours diplomatiques. Elle commence, d’abord et avant tout, par notre capacité à balayer devant notre porte.
Du texte à la réalité : l’échec de la volonté politique
À ceux qui opposent la force des textes, l’argument est connu : en Mauritanie, des lois criminalisant l’esclavage ont été votées. Très bien.
Mais une loi qui reste inappliquée n’est qu’encre sur papier. Une Constitution qui ne change concrètement pas le quotidien des plus vulnérables n’est qu’une promesse creuse. Ce ne sont pas les parchemins qui changent la société, mais la force des institutions, l’indépendance de la justice et, par-dessus tout, une volonté politique inflexible capable de transformer les mots en réalités tangibles.
Le XXIᵉ siècle exige la vérité
L’Afrique ne se construira pas dans le déni. Elle ne peut concevoir son avenir en fermant les yeux sur ses propres blessures. À l’heure où le continent aspire à l’émancipation et au progrès, la liberté d’un seul citoyen africain bafoué doit être perçue comme l’affront fait à toute l’Afrique.
Sur cette question cruciale, le temps de l’esquive est révolu. Regarder la réalité en face n’est pas un acte de faiblesse ou de division ; c’est la condition sine qua non de notre guérison et de notre grandeur.