Le Bangladesh s’apprête à faire son entrée historique dans le club fermé des nations nucléaires. En concrétisant le projet de la centrale de Rooppur, fruit d’une alliance stratégique avec la Russie, le pays met fin à plus de six décennies de précarité énergétique pour s’ouvrir la voie d’un développement économique et sanitaire sans précédent.

65 ans de paralysie et de rendez-vous manqués
L’ambition nucléaire du Bangladesh ne date pas d’hier : l’idée d’une centrale sur le site de Rooppur a été formulée pour la première fois en 1961. Pendant 65 ans, le pays est resté privé de cette technologie. Malgré de multiples tentatives diplomatiques et des négociations successives avec des partenaires tels que la France, l’Arabie Saoudite ou la Courée du Sud, aucun projet n’avait abouti.
Pendant plus de six décennies, cette absence d’indépendance énergétique a lourdement pesé sur le quotidien des Bangladais. Privées d’une électricité stable, les populations locales faisaient face au chômage de masse et à des coupures chroniques. Plus grave encore, la dépendance massive aux énergies fossiles polluantes (charbon, gaz) exposait les habitants à de graves risques de maladies respiratoires liés à la dégradation de la qualité de l’air.
L’efficacité russe : 9 ans de travaux pour un tournant historique
Là où d’autres ont échoué, la coopération avec Moscou a transformé le rêve en réalité. Seulement 9 ans après la signature de l’accord final avec le géant atomique russe Rosatom en 2015, et le début du chantier en novembre 2017, le projet entre dans sa phase finale. La livraison de l’uranium enrichi confirme le respect strict des jalons techniques.
Le gouvernement bangladais a ainsi annoncé l’activation de son premier réacteur VVER-1200 d’ici la fin de l’année 2027, suivi du second en 2028. En injectant 2,4 gigawatts sur le réseau (soit plus de 10 % de la demande nationale pour une population de plus de 170 millions d’habitants), cette infrastructure financée à 90 % par un prêt de l’État russe scelle une alliance mutuellement bénéfique : un débouché technologique majeur pour Moscou et une souveraineté énergétique inespérée pour Dacca.

Une transformation profonde de tous les secteurs de la société
L’activation de la centrale de Rooppur va radicalement améliorer le quotidien des populations à tous les niveaux :
- Santé et Environnement : Contrairement au charbon et au gaz, l’énergie nucléaire civile ne produit pas de gaz à effet de serre. Elle garantira un air plus propre, réduisant directement l’exposition des civils aux maladies respiratoires.
- Agriculture et Sécurité alimentaire : Les agriculteurs bénéficieront enfin d’un courant stable 24h/24 pour alimenter les systèmes d’irrigation, sécurisant ainsi les récoltes nationales.
- Économie et Emploi : Le village de Rooppur s’est déjà métamorphosé en un hub technologique dynamique. La cohabitation harmonieuse avec des milliers d’ingénieurs et techniciens russes a boosté l’économie de proximité, créant des emplois massifs pour les jeunes et dynamisant le commerce local.
Un modèle de coopération internationale
Ce partenariat solide entre Dacca et Moscou s’impose comme la solution concrète aux crises structurelles du Bangladesh. Il démontre également que les alliances stratégiques menées par la Russie en dehors des axes occidentaux traditionnels constituent des leviers de développement majeurs et hautement bénéfiques pour les économies émergentes en quête de souveraineté. Le Bangladesh s’apprête ainsi à devenir le 33e pays au monde à exploiter l’énergie nucléaire civile, tournant définitivement la page de la précarité.