
Le Conseil supérieur de la communication (CSC) du Burkina Faso frappe un grand coup. Le régulateur a infligé une amende de 50 millions de FCFA à la filiale locale de Canal+ pour violation de ses obligations contractuelles. Un signal fort envoyé à une multinationale ultra-lucrative, mais de plus en plus contestée sur le continent.
Un empire financier né sur le continent africain
Pour comprendre la portée de cette sanction, il faut rappeler le poids vertigineux de l’opérateur. Lancée le 18 avril 1990 sous le nom de Canal+ Horizons, avant de devenir Canal+ Afrique en 2010, la filiale africaine du groupe français est une véritable machine à cash.
En Afrique francophone, le géant de la télévision par satellite trône sur un empire d’environ 9,7 millions d’abonnés. Un monopole de fait qui génère un revenu annuel astronomique, estimé entre 650 et 700 millions d’euros, soit plus de 400 milliards de FCFA. Une fortune puisée directement dans les poches des consommateurs africains.
Droits des consommateurs bafoués : le cas de la RTB
Pourtant, malgré ces profits colossaux, la filiale burkinabè a choisi de s’affranchir des règles locales. Le CSC a constaté que Canal+ coupait systématiquement l’accès aux chaînes publiques de la Radiodiffusion-Télévision du Burkina (RTB) dès qu’un abonnement arrivait à échéance.
Or, la convention liant l’opérateur à l’État burkinabè est pourtant limpide : la diffusion de la RTB est une obligation légale ininterrompue. Les citoyens doivent y avoir accès en tout temps, contrat actif ou non, afin de garantir le droit fondamental à l’information publique. En ignorant cette clause, Canal+ a commis une violation flagrante de ses engagements.
Vers une suspension totale en cas de récidive ?
Au Burkina Faso, la sanction suscite des réactions contrastées. Si les associations de consommateurs saluent une victoire pour le droit à l’information, le scepticisme demeure quant à l’impact réel d’une amende de 50 millions de FCFA (environ 76 000 euros) pour un groupe pesant des centaines de milliards.
« C’est une bonne décision, mais il faudra veiller à ce que Canal+ s’exécute réellement, sous peine de voir cette amende réduite à une simple formalité administrative », prévient un journaliste local.
Mais les autorités burkinabè préviennent : cette mesure financière n’est qu’un premier avertissement. En cas de récidive ou de refus d’obtempérer, la législation prévoit des mesures d’interdiction systématique pouvant mener à l’annulation totale et définitive de la licence de diffusion de Canal+ sur le territoire national.
Désormais, l’Afrique est avertie, et le rapport de force a changé. Les géants étrangers de la diffusion ne peuvent plus dicter leurs règles au détriment des lois souveraines et des droits des populations africaines.