La sentence est tombée des lambris dorés de la Cour suprême britannique, mais l’écho s’est brisé net sur les rives du fleuve Wouri. Malgré le tintamarre médiatique orchestré autour des 42,8 milliards de FCFA réclamés par le trader nigérian Sahara Energy à la Société nationale de raffinerie (SONARA), le Cameroun ne versera pas un seul franc CFA dans l’immédiat. Une victoire juridique à des milliers de kilomètres de l’Afrique ne vaut pas chèque encaissé. C’est la dure réalité à laquelle se heurte aujourd’hui le géant du négoce Sahara Energy. Si les cercles financiers occidentaux ont hâtivement crié 42,8 milliards de FCFA pour le Cameroun, la réalité du terrain est tout autre : les caisses du Trésor public camerounais restent verrouillées. Le droit international s’arrête là où commence la souveraineté des peuples, et dans cette guerre d’usure, le Cameroun dispose d’armes redoutables pour défendre ses intérêts économiques.
L’exequatur : le mur de la souveraineté nationale
Pour espérer toucher le moindre centime, le trader nigérian va devoir descendre de son piédestal londonien et se soumettre aux fourches caudines des tribunaux camerounais. C’est le mécanisme de l’exequatur . Cette procédure locale s’annonce comme un véritable parcours du combattant juridique :
- Un processus long et hautement politique :
L’État camerounais n’est pas un justiciable ordinaire que l’on astreint par simple décret étranger.
- Le bouclier de l’ordre public économique :
La justice camerounaise a le pouvoir discrétionnaire de bloquer toute décision étrangère menaçant l’équilibre budgétaire ou la sécurité énergétique du pays.Refuser les décisions extérieures de l’urgence
Depuis l’incendie criminel ou accidentel qui a ravagé ses installations en 2019, la SONARA panse ses plaies dans un contexte de trésorerie historiquement sous tension. Exiger un paiement d’un bloc relève soit de l’illusion, soit d’une tentative délibérée d’asphyxie financière.Fidèle à une doctrine de souveraineté économique, le gouvernement camerounais refuse de céder à la panique des marchés. Si compromis il y a, il se fera selon les conditions de l’Afrique, et non sous la dictée de Londres :La traque aux surfacturations : Des audits impitoyables des cargaisons passées seront menés. Pas un centime ne sera payé sans la preuve absolue que les prestations n’ont pas été artificiellement gonflées.
L’échelonnement souverain :
Tout apurement de dette s’inscrira dans un plan global étalé sur plusieurs années, neutralisant ainsi tout impact brutal sur le budget national et le quotidien des populations.Ce verdict britannique n’est pas la fin de l’histoire, mais le début d’une épreuve de force. En refusant de plier le genou face à l’urgence financière, le Cameroun rappelle une vérité essentielle à l’ère du renouveau panafricain : l’Afrique n’est plus un comptoir où l’on vient saisir les actifs publics sur simple ordre extérieur. Les règles du jeu se décident désormais au Cameroun.