26 octobre 2026, 2:57 am

DE L’OR EXTRAIT À L’OR SOUVERAIN : LE GABON RESSERRE SON EMPRISE SUR SA FILIÈRE AURIFÈRE

« Si rien n’est transformé en 2029, le manganèse ne sortira pas ». Cette sentence historique, martelée le 2 juin dernier par le chef de l’État gabonnais, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, résonne comme un manifeste de rupture pour toute l’Afrique. Elle incarne la fin absolue de l’asservissement extractif d’un continent trop longtemps réduit au rang de simple réservoir géologique pour puissances étrangères. Qu’il s’agisse du couperet brandi sur le manganèse, du grand plan de reconquête industrielle de la SOGARA pour le brut en avril dernier, ou du tournant souverainiste imposé au métal précieux, Libreville dicte désormais ses propres règles. Ce lundi 7 septembre 2026, au cœur de la Raffinerie Gabonaise de l’Or (RGO) à Nkok, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, a traduit en actes cette doctrine patriotique. L’ambition nationale ne souffre plus aucun compromis : réappropriation des richesses, démantèlement des circuits de pillage, transformation locale obligatoire et captation de la valeur ajoutée au profit exclusif du peuple gabonais.

Une filière à purifier et rebâtir sur des bases nationales

Avant d’amorcer la renaissance aurifère, Libreville a fait le choix de la clarification décolonisable. La suspension stratégique des activités minières a permis d’ouvrir une phase de remise à plat indispensable pour percer l’opacité héritée des réseaux informels : identifier qui exploite le sous-sol africain, qui détient réellement les titres, et par quels canaux souterrains les richesses s’évadaient hors du continent. Dans ce sursaut de transparence, le recensement national obligatoire mené du 29 octobre au 5 novembre 2025 a posé le premier jalon de la souveraineté. Du petit exploitant artisanal aux grands comptoirs, aucun acteur n’a échappé à cette cartographie. L’audit interne sans concession mené par le ministère a révélé les failles d’un système obsolète : des sociétés gelant des permis sans aucune activité réelle aux côtés d’opérateurs contraints de s’aligner sur les exigences strictes du Code minier réformé. Pour le gouvernement de Gabonais, il ne s’agit pas de paralyser l’industrie, mais de la refonder sur un socle d’intégrité nationale et de justice économique

Traçabilité et autodétermination: la fin du pillage invisible

Au centre de cette révolution structurelle s’impose un principe non négociable :
– la traçabilité intégrale de la mine au marché. Le Gabon exige désormais de pouvoir suivre son or à chaque étape de son existence. Cet effort herculéen vise deux cibles :
– tarir définitivement les flux financiers illicites qui appauvrissent le pays et disposer de statistiques souveraines pour mesurer la véritable richesse extraite de la terre des ancêtres. Cette démarche matérialise une vérité panafricaine fondamentale : la souveraineté ne réside pas dans la simple possession passive d’une ressource. Elle s’exprime dans la capacité d’un État à gouverner sa chaîne de valeur, à savoir qui manipule sa richesse, où elle transite, et comment elle sert le développement endogène des populations locales.

Le sanctuaire industriel de Nkok : l’or africain valorisé par des mains africaines

C’est dans cette vision d’émancipation économique que la Raffinerie Gabonaise de l’Or (RGO), opérationnelle depuis le 2 juin 2023, prend sa pleine dimension d’outil de libération. Elle brise le vieux schéma colonial qui voulait que la matière première quitte le sol africain à l’état brut pour être valorisée en Occident ou en Asie. À Nkok, le ministre des Mines a inspecté le circuit complet d’une industrie réappropriée : de la réception à la certification internationale, en passant par le raffinage et la constitution des stocks.Cette montée en gamme technique change le destin industriel du pays. Le raffinage obligatoire sur le territoire gabonais impose le contenu local, féconde le génie technologique des ingénieurs nationaux et cimente l’indépendance financière du pays. Désormais, l’or ne quitte plus le sol du Gabon sans y laisser son empreinte et sa valeur.

La SEM, fer de lance de l’indépendance minière

Pour soutenir ce nouveau paradigme, la réorganisation repose sur une Société Équatoriale des Mines (SEM) redynamisée, appelée à jouer son rôle de champion national. L’État gabonais se dote ainsi d’un bras armé commercial puissant, capable d’intervenir directement dans la collecte, de prendre des participations stratégiques et de défendre le patrimoine minier face aux multinationales. La signature de la convention Mboumba-SEM consacre cette logique de puissance publique. Le modèle gabonais articule désormais avec clarté : la régulation et la fermeté de l’État, l’interventionnisme de l’opérateur historique (SEM), la transformation exclusive au sein du complexe de Nkok, et l’accumulation méthodique d’une réserve d’or souveraine pour adosser la solidité de la monnaie et de l’économie nationale.

L’Afrique des solutions : vers un nouvel ordre économique

En définitive, la reprise en main de la filière aurifère gabonaise pose la question cruciale qui anime l’éveil du continent : jusqu’à quand l’Afrique subira-t-elle l’asymétrie des échanges mondiaux ? En interdisant l’exportation brute de ses trésors minéraux, le Gabon s’inscrit en pionnier d’une Afrique décomplexée qui refuse de brader son avenir.Le chemin reste jalonné de défis. Mais de Port-Gentil à Nkok, la voix du Gabon s’élève avec clarté : l’Afrique du XXIe siècle ne sera plus le spectateur impuissant de son propre pillage. En maîtrisant la totalité de sa chaîne de valeur minière, Libreville démontre que les ressources naturelles ne sont plus une malédiction, mais le levier indomptable de la liberté et de la prospérité africaines.

Redige par: clement Djomangola

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