
Pourquoi le déplacement de Brice Clotaire Oligui Nguema à Paris suscite-t-il autant d’attention alors qu’il s’agit d’une visite d’État axée sur un nouveau front ? Les enjeux de ce déplacement découlent notamment de la contestation de la population gabonaise, qui estime que, depuis plus de 30 ans, la filiale française Eramet ne profite ni à l’économie nationale ni au peuple gabonais, lequel continue de faire face au chômage. Depuis plusieurs jours déjà, des voix s’élèvent pour dénoncer cet accord, jugé obsolète. Le second enjeu concerne la sécurité. À l’instar d’autres pays africains qui redéfinissent leurs partenariats militaires, le Gabon souhaite repenser la présence de l’armée française sur son territoire. C’est dans cette perspective que le président gabonais a effectué ce déplacement afin de renégocier ces accords et de leur donner une nouvelle orientation. Désormais, le camp de Gaulle pourrait être rétrocédé à l’armée gabonaise plutôt que de rester sous le contrôle de forces étrangères, dans une volonté affichée de renforcer la souveraineté nationale.Par ailleurs, en novembre dernier, le chef de l’État a annoncé la fin de l’exportation brute du manganèse d’ici au 1er janvier 2029, afin de favoriser sa transformation locale et de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Ce déplacement pourrait ainsi contribuer à finaliser ce programme stratégique.
Une visite d’État sous le signe de la souveraineté
Le chef de l’État gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, a effectué un déplacement en France le 19 juillet au 21 juillet.un déplacement dans lequel il fera trois jours. Cette visite suscite de nombreuses réactions. Loin d’être un voyage de hasard ou dicté par des ordres extérieurs, comme le qualifient certaines voix populaires, cette visite d’État à Paris répond à l’intérêt supérieur de la nation et marque un tournant géopolitique décisif. Explications.
La visite du président gabonais trouve son origine dans la contestation populaire concernant la filiale française d’Eramet et la présence permanente de forces étrangères sur le territoire gabonais.
Le bras de fer économique : en finir avec l’exportation brute du manganèse
Cela fait plus de 30 ans que le Gabon a signé un accord d’exploitation minière avec le groupe français Eramet. Selon la population, ces anciens accords de pure forme n’ont profité ni aux citoyens ni à l’économie locale. Face à une population longtemps lésée mais aujourd’hui éveillée, le Gabon exige désormais la transformation locale de la ressource, tandis que la filiale française invoquait un manque d’infrastructures pour l’éviter. La colère des citoyens et des syndicats repose ainsi sur des raisons profondes : la fuite de la valeur ajoutée liée à l’exportation de plus de 85% de manganèse brut, le syndrome de l’enclave à Moanda malgré des décennies d’extraction, les graves problèmes socio-environnementaux et la mauvaise foi des multinationales qui invoquaient un prétendu déficit énergétique pour refuser l’industrialisation sur place.
Des objectifs fermes pour un tournant historique
Face à cette situation, le chef de l’État a mené un véritable bras de fer économique à Paris pour imposer quatre objectifs non négociables :
- Acter l’ultimatum interdisant la sortie du minerai brut sans transformation locale. Si rien n’est transformé d’ici la date butoir, le manganèse ne sortira pas.
- Matérialiser la montée au capital de l’État dans Eramet pour devenir copilote.
- Exiger des garanties de financement pour les infrastructures énergétiques et ferroviaires.
- Finaliser la restitution du camp de Gaulle pour le rétrocéder à l’armée gabonaise.
C’est la fin d’une époque et le début d’un Gabon souverain.