La police turque a mené une opération d’une ampleur inédite à travers le pays contre les mouvements LGBT+, les militants gays et plusieurs établissements de nuit. Présentée par Ankara comme une mesure de protection de la « famille traditionnelle », cette offensive baptisée « Ma famille est en sécurité » (Ailem Güvende) illustre la vision idéologique du gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan face aux modes de vie jugés déviants.Selon les déclarations du ministre turc de la Justice, Akin Gürlek, des poursuites judiciaires ciblées ont été engagées contre 162 suspects, 9 associations et 13 entreprises. Ce vaste coup de filet s’est déployé simultanément dans 15 provinces du pays, ciblant en priorité les grandes métropoles d’Istanbul, d’Ankara et d’Izmir.

Des dizaines d’interpellations et une censure numérique immédiate
Au cours de perquisitions nocturnes musclées menées à des domiciles privés ainsi que dans des bars et boîtes de nuit, au moins 63 personnes ont été formellement interpellées et placées en garde à vue. Parmi les structures touchées, l’association Kaos GL l’une des principales organisations de défense des droits des personnes LGBT+ en Turquie a vu ses locaux fouillés de fond en comble et plus de dix de ses membres arrêtés. Le parquet d’Ankara accuse notamment l’ONG d’avoir diffusé en ligne des contenus jugés obscènes et accessibles aux mineurs. En parallèle des arrestations physiques, les autorités ont immédiatement bloqué l’accès à plusieurs dizaines de sites internet et de comptes de réseaux sociaux appartenant à des militants et à des organisations non gouvernementales (ONG).
La protection de l’ordre social face à la crise de la natalité
Pour justifier cette opération coup de poing, le gouvernement affirme agir en stricte conformité avec la Constitution pour « protéger les enfants, l’institution familiale et l’ordre social » face à des accusations d’« obscénité » et de « prostitution ».Le président Recep Tayyip Erdoğan a fermement soutenu l’action policière en qualifiant publiquement les mouvements LGBT+ de « pervers » et de « déviants ». Selon le chef de l’État, ces dynamiques seraient directement responsables du déclin de la natalité constaté dans le pays.
Un écho politique au-delà des frontières
Cette démonstration de force d’Ankara s’inscrit dans un courant politique mondial où plusieurs gouvernements, notamment sur le continent africain, revendiquent la traque et la pénalisation des pratiques homosexuelles. Pour les partisans du pouvoir turc, cette reprise en main est saluée comme un acte de dignité et de souveraineté nationale visant à éradiquer des comportements jugés indignes. À l’inverse, les organisations de défense des droits humains y voient une criminalisation systématique des libertés individuelles. Les personnes arrêtées devraient être présentées devant la justice dans les prochains jours.