
Le 10 juin 2026 est à marquer d’une pierre blanche dans les annales de la géopolitique pétrolière en Afrique centrale. Réuni en session extraordinaire à Douala, le Conseil d’Administration de Tradex Tchad S.A. a acté la nomination de Josiane Nathalie Mouelle Mouangue au poste de Directrice Générale. Elle succède à Paul Hérick Christian Secke. Au-delà du symbole managérial, ce choix stratégique vient redynamiser l’axe économique majeur et historique qui lie le Cameroun et le Tchad dans le secteur névralgique des hydrocarbures.
Le choix de l’expertise locale pour une diaspora de combat
En portant cette cadre chevronnée à la tête de sa filiale tchadienne, le distributeur pétrolier camerounais fait d’une pierre deux coups. D’une part, le groupe confie les rênes à une pure spécialiste sectorielle : titulaire d’un diplôme en Commerce et Distribution de l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC) en 2004, Josiane Nathalie Mouelle Mouangue cumule 18 années d’expérience dans le secteur pétrolier, dont 11 au sein du Groupe Tradex. Elle a notamment forgé sa fine connaissance des réalités frontalières en occupant les postes de Chef de Secteur puis Chef de District pour la zone Adamaoua-Nord-Extrême-Nord, les portes d’entrée naturelles vers le voisin tchadien.
D’autre part, cette nomination résonne fortement au sein de la diaspora camerounaise au Tchad. En s’installant à N’Djamena, la nouvelle Directrice Générale – première femme à occuper une telle fonction au sein du Groupe TRADEX devient un pont vivant entre les deux pays. Cette décision s’inscrit en droite ligne avec la politique de genre impulsée par Adolphe Moudiki (Président du Groupe) et l’axe prioritaire du Chef de l’État camerounais, Paul Biya, dédié au « septennat des femmes et des jeunes ».
L’axe hydrocarbures Yaoundé-N’Djamena : Un enjeu géopolitique vital
Les frontières partagées entre le Cameroun et le Tchad ne sont pas de simples limites territoriales ; elles représentent le poumon économique de l’intégration sous-régionale en zone CEMAC. Le secteur des hydrocarbures en est le cœur battant.
Pour le Tchad, pays enclavé, l’accès sécurisé à la mer et aux infrastructures logistiques camerounaises (à l’instar du pipeline tchad-camerounais) reste une question de souveraineté et de survie économique. Pour le Cameroun, consolider la présence de ses fleurons économiques comme Tradex à N’Djamena permet de verrouiller son influence de leader naturel de la sous-région.
La nomination de Mme Mouelle Mouangue intervient dans un contexte macroéconomique tchadien complexe, marqué par de fortes tensions sur la production pétrolière. Alors que la croissance du PIB pétrolier tchadien est estimée à -0,7 % en 2025 en raison d’une baisse de la production, la mise en œuvre du Plan National de Développement laisse présager un rebond avec une projection de croissance du PIB réel à 3,8 % en 2026. Tradex Tchad S.A., dotée d’un capital de 1 361 000 000 FCFA, a une feuille de route claire : stabiliser et étendre le réseau de distribution (stations-service et sites industriels) pour accompagner cette reprise.
Tradex : Le bras armé de l’intégration énergétique panafricaine
Le dynamisme de Tradex illustre parfaitement l’émergence de champions énergétiques purement africains, capables de rivaliser avec les multinationales occidentales. À l’échelle globale, le groupe affiche une santé de fer avec un chiffre d’affaires de 452,1 milliards FCFA pour l’exercice 2025, un bénéfice net de 16,7 milliards FCFA et un budget d’investissement ambitieux arrêté à 37,5 milliards FCFA pour 2026.
Revendiquant plus de 5 000 emplois directs et indirects à travers la sous-région, le groupe opère non seulement au Cameroun et au Tchad, mais aussi en République centrafricaine, en Guinée équatoriale et, depuis peu, en République démocratique du Congo.
Perspectives panafricaines
En confiant la filiale tchadienne à une femme issue du sérail et familière des réalités du septentrion, le Cameroun envoie un signal fort de coopération bilatérale. Face aux crises énergétiques mondiales, le renforcement de cet axe pétrolier démontre que les solutions de résilience de l’Afrique viendront d’abord d’une synergie transfrontalière accrue et d’une confiance renouvelée envers les talents de sa propre diaspora.