
L’Algérie accélère sa transition linguistique. À partir de la rentrée scolaire 2026-2027, le système éducatif national tourne une nouvelle page en officialisant le retrait de la langue française de la troisième année primaire, au profit exclusif de l’anglais. Cette décision, annoncée par le ministère de l’Éducation nationale, s’inscrit dans une refonte globale de l’enseignement et intervient dans un contexte de crispations diplomatiques persistantes entre Alger et Paris.
Les mutations du système éducatif
La stratégie de revalorisation de l’anglais et de minoration graduelle du français se structure désormais de la manière suivante :
- En troisième année primaire: L’anglais s’impose comme l’unique première langue étrangère enseignée. Le français est totalement absent de ce niveau.
- En quatrième année primaire : Le français fait son entrée officielle, partagant dès lors l’espace pédagogique avec l’anglais.
- Volume horaire : Le temps d’apprentissage attribué à la langue anglaise est renforcé de manière significative à travers les différents cycles, du primaire jusqu’aux filières techniques du secondaire.
Enseignement supérieur et secteur privé : L’anglais gagne du terrain dans les cursus universitaires scientifiques et de santé (notamment en première année de médecine). En parallèle, les autorités interdisent aux établissements privés de proposer des doubles programmes s’alignant sur le cursus français.
Un choix souverain sur fond de crise diplomatique
Ce basculement pédagogique dépasse le seul cadre éducatif pour s’inscrire dans une séquence géopolitique tendue entre l’Algérie et la France. Sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, Alger réaffirme avec intransigeance sa souveraineté nationale face à Paris.
Les relations bilatérales subissent de plein fouet de multiples crises, exacerbées récemment par des dossiers sensibles : l’affaire de diplomates algériens impliqués ou incarcérés en territoire français, et l’arrestation de personnalités telles que le journaliste Christophe Gleizes, condamné à de lourdes peines en Algérie pour des accusations liées au terrorisme. Dans ce climat où le pouvoir algérien entend signifier à la France qu’elle ne dicte plus l’agenda culturel ou institutionnel du pays, la reconfiguration linguistique fait figure d’outil d’affranchissement géopolitique.