
L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, vendredi, à une large majorité, une résolution portée par le Togo et plusieurs pays africains visant à promouvoir une cartographie mondiale plus fidèle aux réalités géographiques. Pour l’Afrique, il s’agit d’une avancée diplomatique et symbolique majeure dans un débat longtemps dominé par les puissances occidentales.
Une adoption massive à l’Assemblée générale
Le texte a été approuvé par 164 voix contre une, celle des États-Unis, et six abstentions. Il a également recueilli le soutien des pays de l’Union européenne, dont la France, qui a rejoint la position défendue par le continent africain. Cette large approbation confère à la résolution une portée politique importante, au-delà de la seule question technique de la représentation du monde. Elle traduit une volonté croissante de remettre en cause certaines références cartographiques encore largement utilisées dans les institutions, les écoles et les administrations.

La projection de Mercator au cœur des critiques
La résolution remet en question l’usage prolongé de la projection de Mercator, conçue au XVIe siècle pour les besoins de la navigation maritime, mais devenue depuis une référence mondiale malgré ses limites. En grossissant les zones proches des pôles et en réduisant artificiellement celles situées près de l’équateur, cette projection donne une image déformée des continents, en particulier de l’Afrique, de l’Amérique latine et de l’Asie du Sud. Sur de nombreuses cartes encore en circulation, l’Afrique apparaît ainsi bien plus petite qu’elle ne l’est réellement, tandis que le Groenland, les États-Unis et l’Europe semblent disproportionnés.
L’Afrique au centre d’une revendication ancienne
Or, le continent africain couvre en réalité plus de 30 millions de kilomètres carrés, soit13 à 14 fois la superficie du Groenland. Portée officiellement par le Togo au nom de l’Union africaine, cette initiative est perçue comme une victoire importante pour l’Afrique, qui défend depuis longtemps l’idée d’une représentation du monde moins biaisée, héritée d’une époque coloniale et eurocentrée. Au-delà de l’aspect géographique, cette évolution revêt une dimension politique et symbolique forte. Pour plusieurs pays africains, il s’agit de rétablir une image plus juste de leur place dans le monde et de corriger un déséquilibre ancien dans les représentations internationales.
Un signal diplomatique de la France et de ses partenaires européens
En soutenant cette réforme, la France et ses partenaires européens ont acté un changement de position diplomatique, en reconnaissant la nécessité d’une cartographie plus juste, plus équilibrée et davantage conforme à la réalité géographique des continents. Cette prise de position est interprétée comme un signal d’ouverture à une lecture plus équitable du monde, dans un contexte où les pays du Sud réclament davantage de reconnaissance dans les instances internationales.