
En injectant 5 milliards de cedis (environ 429 millions USD) dans l’achat direct d’or, Accra redéfinit sa stratégie macroéconomique. Portée par la nouvelle politique GANRAP, cette manœuvre vise à transformer les richesses minières nationales en un bouclier de réserves inexpugnable.
La fin des expédients financiers
Historiquement dépendant de mécanismes de financement extérieurs coûteux et de solutions conjoncturelles pour stabiliser ses comptes, le Ghana change de paradigme. Le ministre des Finances a officialisé devant le Parlement une allocation massive de 5 milliards de cedis destinée au Ghana Gold Board (GoldBod). L’objectif est limpide : se substituer au recours récurrent à l’endettement en devises étrangères en capitalisant sur un actif tangible et souverain.
Cette orientation s’inscrit dans le cadre du Ghana Accelerated National Reserve Accumulation Policy (GANRAP 2026-2028). Pensée pour consolider durablement la résilience extérieure du pays, la stratégie s’appuie sur une coordination étroite entre le ministère des Finances, le ministère des Terres et des Ressources naturelles, la Bank of Ghana et la Chambre des mines.
Des volumes inédits pour un objectif à 15 mois
Pour matérialiser cette ambition, GoldBod a scellé un accord crucial portant sur l’acquisition de 30 % de la production d’or des grandes compagnies minières. Le rythme planifié donne la mesure du projet : le régulateur ambitionne d’absorber jusqu’à trois tonnes d’or par semaine, réparties entre 2,45 tonnes issues du secteur artisanal et 0,55 tonne des exploitations industrielles. À terme, cette cadence pourrait représenter plus de 400 millions USD d’achats hebdomadaires.
La feuille de route est fixée : hisser les réserves internationales du pays à l’équivalent de 15 mois de couverture des importations d’ici 2028.
Vers une consolidation institutionnelle
Cette dynamique prolonge les succès du Domestic Gold Purchase Programme lancé en 2021 par la Bank of Ghana, salué par le FMI pour son rôle moteur dans la reconstitution des réserves brutes entre 2023 et 2025.
Le prochain test décisif de cette transition interviendra avec la publication intégrale, dès le 29 juillet 2026, des mémorandums d’entente régissant les volumes, les prix et le partage des risques. En pariant audacieusement sur son sous-sol, le Ghana entend prouver qu’une économie africaine peut bâtir sa stabilité macroéconomique sur la valeur réelle de ses propres ressources