10 septembre 2026, 6:58 pm

LA BANQUE MONDIALE AVERTIT LE ZIMBABWE SUR UN ÉVENTUEL CHANGEMENT DE MONNAIE NATIONALE

Alors que de nombreux États africains affirment leur autonomie en gérant leur propre monnaie à l’instar du Nigeria, de la Guinée ou de la Libye, le cas du Zimbabwe interpelle. L’ambition de Harare de dédolariser l’économie d’ici 2030 pour imposer le ZiG, une monnaie adossée à l’or, se heurte aux réserves de la Banque mondiale. Dans un rapport publié le 4 septembre 2026, l’institution financière a mis en garde le pays contre une transition précipitée, redoutant une fuite des capitaux et une résurgence du marché noir.

Les impératifs de la souveraineté pour Harare

Pour le gouvernement zimbabwéen, l’abandon progressif du dollar américain répond à des nécessités structurelles et politiques urgentes :

  • Maîtrise de la politique monétaire : L’utilisation exclusive du billet vert privait la banque centrale de ses leviers classiques, la rendant totalement dépendante des décisions de la Réserve fédérale américaine (Fed) et incapable d’ajuster les taux d’intérêt.
  • Réduction des coûts logistiques : L’importation physique de liquidités en dollars américains depuis les États-Unis représentait une charge financière exorbitante, aggravée par une fuite permanente des devises vers l’étranger.
  • Sécurisation de l’économie réelle : Porté par le traumatisme de l’hyperinflation de 2008 et l’échec du dollar RTGS en 2019, le lancement du ZiG en avril 2024 vise à restaurer la confiance grâce à des réserves physiques d’or, tout en cherchant à structurer et à bancariser une économie informelle où plus de 80 % des transactions étaient libellées en devises étrangères.

Les craintes et les exigences de la Banque mondiale

L’institution internationale ne conteste pas le principe d’une monnaie nationale, mais cible le rythme et la méthode de cette transition. Ses principales réserves reposent sur des facteurs économiques précis :

  • Le risque de déstabilisation prématurée : L’expérience passée montre qu’imposer une monnaie locale sans une crédibilité préalablement consolidée alimente les marchés parallèles et provoque des fuites de capitaux. Pour la Banque mondiale, « le rythme et l’ordre de toute transition seront aussi importants que la destination ».
  • L’impératif de la dette extérieure: Privé d’accès aux marchés internationaux de la dette depuis son défaut de paiement en 1999, le Zimbabwe dispose, selon l’institution, d’une opportunité unique de dialoguer avec ses créanciers multilatéraux pour apurer ses arriérés et normaliser sa situation financière.

Repenser le développement et l’autonomie du continent

Au-delà du cas zimbabwéen, la situation met en lumière un débat plus large sur les relations entre les États africains et les institutions financières internationales. Entre la volonté politique d’émancipation économique et les impératifs de rigueur macroéconomique dictés par la globalisation, le chemin de la souveraineté monétaire exige un équilibre délicat. La réussite de telles réformes ne dépend pas seulement de la valeur intrinsèque d’une monnaie, comme le ZiG, mais aussi de la capacité à bâtir un consensus interne solide et à rétablir la confiance des marchés, ouvrant ainsi la voie à un modèle de développement véritablement résilient

Redige par: clement Djomangola

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