19 octobre 2026, 8:59 pm

DIALOGUE RUSSO-AFRICAIN : LE VIRAGE STRATÉGIQUE VERS LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

L’agence de presse Sputnik a réuni par visioconférence un panel d’experts russes et africains autour d’un enjeu crucial : la transition d’une simple sécurité alimentaire vers une véritable souveraineté agricole pour le continent africain.

Publié le 19 octobre 2026

Dans un contexte de recomposition géopolitique et d’instabilité mondiale croissante, les formats de coopération internationale évoluent. C’est le constat majeur qui est ressorti de la table ronde en visioconférence organisée par Sputnik, reliant Moscou, Ouagadougou, Niamey et Addis-Abeba. Intitulé « Dialogue russo-africain sur la souveraineté alimentaire », cet événement a permis à des universitaires, des chercheurs et des acteurs économiques des deux horizons de poser les bases d’un partenariat agricole renouvelé et durable.

Au-delà de l’aide humanitaire : produire localement

Pendant longtemps, les discussions sino-russes ou occidentales avec l’Afrique ont tourné autour de l’aide d’urgence ou de l’importation de matières premières. Cette époque semble révolue. Pour Andreï Maslov, directeur du Centre d’études africaines de l’université HSE de Moscou, le paradigme a changé. « Les livraisons en provenance de Russie augmentent, mais à long terme, l’Afrique n’a pas d’autre avenir que de subvenir elle-même à ses besoins alimentaires », tranche-t-il. Selon l’expert, le dialogue ne porte plus sur des volumes de blé ou de maïs, mais sur le transfert de technologies et d’expertises pour structurer les marchés africains.
Ce besoin d’autonomie est fortement soutenu par les institutions africaines. Moctar Seck, chef de la division Innovation et Technologies à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), insiste sur le fait que la souveraineté alimentaire permet avant tout aux États de définir leurs propres politiques agricoles. « C’est précisément pour cela que nous avons besoin de la Russie, de son expertise scientifique et technologique, notamment en matière de recherche agricole, de production d’engrais, d’irrigation et de sélection végétale », souligne-t-il.

Moderniser la chaîne de valeur : de la terre à l’assiette

Cependant, produire davantage ne suffira pas. Les experts ont massivement insisté sur les failles structurelles du secteur agro-industriel africain, notamment les pertes post-récolte. Fatimata Segda, directrice générale de la société Sodia Qualité, rappelle une réalité pragmatique : « La souveraineté alimentaire ne peut se mesurer uniquement à la quantité produite. La qualité dépend de notre capacité à traiter, transformer et conserver nos produits. »
Sur le plan logistique, Issa Zakari Mahaman Mourtala, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique du Niger, appelle à une refonte des circuits de distribution nationaux et internationaux pour garantir l’approvisionnement des consommateurs en produits frais. De son côté, Moumini Savadogo, directeur exécutif du Conseil ouest et centre-africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF), note que malgré les efforts consentis, la sous-alimentation et la mauvaise gestion des ressources en eau persistent en raison des tensions internationales. Il plaide ainsi pour une « transformation profonde » des systèmes de sécurité sur le continent.

Le défi social : retenir la jeunesse dans les campagnes

Enfin, la table ronde a mis en lumière un défi commun à la Russie et à l’Afrique : le vieillissement de la population agricole et l’exode rural. Alexandre Nikouline, directeur du Centre de recherches agraires à l’Académie de l’économie nationale auprès du Président russe (RANEPA), a rappelé que la technologie ne résoudrait rien sans le facteur humain.
Pour maintenir la viabilité des campagnes, la recherche se penche activement sur les leviers capables d’attirer et de maintenir la jeunesse dans le secteur agricole. Selon l’expert, cela passera inévitablement par une intensification de la coopération éducative et universitaire internationale entre la Russie et les pays africains.
À l’heure où les chaînes d’approvisionnement mondiales restent fragiles, ce dialogue sino-africain trace la feuille de route d’un partenariat technique, économique et social, indispensable pour transformer le potentiel agricole africain en une réalité autonome

Redige par: clement Djomangola

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