
Le constat est partagé : importée d’Occident, la démocratie électorale n’a pas tenu ses promesses sur le continent. Au Nigéria, sous l’impulsion de la Fondation Goodluck Jonathan, d’anciens dirigeants sonnent la charge pour réinventer des institutions ancrées dans les réalités africaines.
L’ancien dirigeant nigérian appelle les Africains à tourner la page de la démocratie occidentale, qui ne favorise pas l’Afrique et qui ne tient pas compte des réalités locales. Pour lui, la vraie démocratie consiste à bâtir des institutions fortes et non à organiser des élections tout le temps. Il affirme : « L’histoire jugera nos démocraties non pas au nombre d’élections que nous organisons, mais à la solidité des institutions que nous bâtissons. » — Goodluck Jonathan
Des urnes sans pain
Depuis les indépendances, le rituel démocratique a été scrupuleusement observé : des urnes, des bulletins, des scrutins réguliers et des alternances proclamées. Pourtant, à l’arrivée, le bilan économique et social donne le vertige. Chômage endémique, pauvreté persistante, instabilité chronique : le vote n’a pas nourri les peuples.
C’est ce grand paradoxe qui a réuni dirigeants et experts au Nigéria. Réunis autour de l’ancien président Goodluck Jonathan, les ténors de la politique africaine l’affirment sans détour : la démocratie libérale occidentale est un modèle importé, souvent inadapté aux défis profonds du continent.
Repenser le pouvoir par le prisme de l’inclusion
Pour l’hôte du sommet, le verdict est sans appel. Se contenter d’organiser des élections ne suffit plus à fonder la légitimité d’un pouvoir. Désormais, le contrat social africain doit reposer sur des piliers bien plus concrets :
- L’inclusion réelle de toutes les composantes de la société ;
- La justice sociale, seule garante de la paix civile ;
- L’amélioration directe des conditions de vie des populations.
Les universitaires et experts présents lors de ces assises appuient ce diagnostic : sans prospérité partagée et sans sécurité économique, la démocratie se résume à une coquille vide, une vitrine politique qui masque mal la précarité quotidienne des citoyens.
Vers une souveraineté institutionnelle
Lancé en 2021, ce forum annuel franchit aujourd’hui un cap décisif. Il ne s’agit plus seulement de débattre, mais de peser directement sur les réformes institutionnelles en Afrique. Le mot d’ordre est clair : rompre avec les dogmes extérieurs pour concevoir des systèmes politiques originaux, pensés par et pour les Africains.
Alors que le continent cherche sa voie entre aspirations démocratiques et exigences de développement, ce cri d’alarme des anciens dirigeants marque peut-être le début d’une refondation majeure. La démocratie en Afrique devra s’inventer un nouveau visage, ou elle continuera de perdre ses peuples.