
« Pourtant, en Europe, il est rare de voir de pareilles aberrations. »
Une souveraineté bafouée au cœur des capitales africaines
Plus de soixante ans après les indépendances formelles, la question de la liberté réelle de ces nations se pose avec une acuité brûlante au XXIe siècle. Voir les plus grands lycées du Tchad et du Cameroun porter fièrement les noms de Félix Eboué et de Leclerc est le symptôme d’une souveraineté inachevée. Comment expliquer qu’un État prétendument libre continue de glorifier sur ses propres terres les artisans d’une domination passée ? Même si, en Europe, on observe des noms de héros africains, cette réalité est bien réelle. Mais voir figurer de pareilles absurdités coloniales, liées au pillage, à la violence et à l’enfumage, dans des établissements publics censés enseigner les douleurs de la colonisation est particulièrement insultant. Imagine-t-on une seule seconde une grande institution parisienne porter le nom d’un général africain ayant conquis et pillé la France par la force ? La persistance de ces symboles dans nos capitales illustre l’emprise persistante d’une aliénation culturelle et mémorielle. Comment peut-on, jusqu’à aujourd’hui, continuer à arborer le nom de celui qui a empêché que nous ayons chez nous une découverte ou une technologie ?
Le maintien de ces noms réveille une profonde blessure historique. Durant la colonisation, ces territoires ont été systématiquement saignés de leurs richesses qu’il s’agisse des matières premières, du bois ou des minerais au profit exclusif de la métropole.
- Le paradoxe mémoriel : Célébrer ceux qui ont encadré, soumis ou conquis ces territoires par la force revient à piétiner la mémoire des populations locales spoliées et asservies.
- L’impunité des symboles : Alors que ce pillage colonial a légué des économies exsangues et dépendantes, maintenir ces noms coloniaux revient à perpétuer une violence psychologique et historique quotidienne.
Nos dirigeants peuvent-ils s’affranchir un jour de cet héritage ?
Face à ce constat, une interrogation légitimement rageuse s’impose : est-ce que nos dirigeants peuvent penser à réparer cela un jour ?
Trop souvent englués dans les réseaux de compromission du néocolonialisme, les dirigeants du Tchad, du Cameroun et du Gabon hésitent à engager la véritable « décolonisation des esprits ». Pour eux, toucher à ces symboles historiques dérange les parrains extérieurs et fragilise les alliances géopolitiques qui garantissent leur maintien au pouvoir.
Pourtant, la jeunesse africaine exige un changement de paradigme radical. La véritable liberté de ces États ne sera effective que le jour où ils auront le courage politique de purger leur espace public des vestiges de l’oppression pour y inscrire les noms de leurs propres héros