
Le Burkina Faso et la République islamique d’Iran affichent une volonté commune d’enrichir leurs relations bilatérales. Cette ambition a été réaffirmée lundi à Ouagadougou, lors d’une audience accordée par le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’extérieur, Karamoko Jean-Marie Traoré, à l’ambassadeur d’Iran au Burkina Faso, SEM Mojtaba Faghihi. Cette rencontre traduit la volonté des deux capitales de transformer leur convergence politique en une coopération plus étroite, plus diversifiée et davantage orientée vers des intérêts stratégiques communs.

Dans le prolongement de la visite burkinabè à Téhéran
Les échanges s’inscrivent dans la continuité de la visite officielle de coopération effectuée par le chef de la diplomatie burkinabè à Téhéran au début du mois de juillet 2026. Conduisant une délégation burkinabè, Karamoko Jean-Marie Traoré avait notamment participé aux cérémonies d’hommage organisées au complexe de la Mosalla Imam Khomeini, à Téhéran, au cours desquelles les autorités burkinabè avaient présenté leurs condoléances à leurs homologues iraniens. Au-delà de sa dimension protocolaire, ce déplacement avait constitué un nouveau signal du rapprochement entre Ouagadougou et Téhéran, dans un contexte où les deux pays cherchent à approfondir leur dialogue politique et à élargir leurs partenariats.


Les sanctions contre l’Iran, un point de convergence
La situation géopolitique de l’Iran et les sanctions économiques imposées par les États-Unis figuraient au cœur des discussions. Les deux parties ont affiché une convergence de vues, dénonçant les pressions extérieures et ce qu’elles considèrent comme des pratiques de domination dans les relations internationales. Pour Ouagadougou, cette question s’inscrit plus largement dans un plaidoyer en faveur du respect de la souveraineté des États et d’un ordre international jugé plus équilibré. Le ministre burkinabè a également fustigé ce qu’il considère comme l’insuffisance de la réponse de l’Organisation des Nations unies face aux crises internationales. Il a appelé l’institution à assumer pleinement son rôle et à promouvoir une approche fondée sur l’égalité souveraine des États.
L’AES, nouveau cadre de lecture du rapprochement
Pour Karamoko Jean-Marie Traoré, le renforcement des relations avec Téhéran s’inscrit également dans la dynamique portée par la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette dynamique met notamment l’accent sur la souveraineté, la solidarité entre États et la recherche de partenariats fondés sur les intérêts nationaux, dans un contexte de recomposition des alliances diplomatiques du Burkina Faso et de ses partenaires sahéliens. Le ministre a ainsi transmis à l’ambassadeur iranien la solidarité du peuple burkinabè à l’endroit de la République islamique d’Iran et réaffirmé la détermination de Ouagadougou à intensifier et diversifier la coopération bilatérale. Selon lui, cette volonté repose sur des intérêts partagés et sur des positions convergentes concernant plusieurs grandes questions internationales.
Une relation diplomatique vieille de plus de quatre décennies
Le rapprochement actuel s’appuie sur une relation diplomatique qui remonte au 1er novembre 1984. L’établissement de ces relations intervenait dans deux contextes politiques marqués par des transformations profondes : la période postrévolutionnaire en Iran, à la suite de la révolution de 1979, et la période révolutionnaire que connaissait alors le Burkina Faso sous la conduite de Thomas Sankara. Après des années de coopération irrégulière, les relations entre les deux pays connaissent depuis quelque temps une nouvelle dynamique. La tenue d’une commission mixte à Ouagadougou ainsi que la conclusion de plusieurs accords dans des domaines tels que l’énergie, l’enseignement supérieur et l’urbanisme témoignent de cette volonté de relance.
De la convergence politique à une coopération concrète
Le nouveau chapitre qui s’ouvre entre Ouagadougou et Téhéran ne se limite donc plus aux déclarations diplomatiques. Les deux capitales affichent désormais l’ambition de donner une dimension plus concrète à leur partenariat, en multipliant les secteurs de coopération et en renforçant les mécanismes institutionnels destinés à accompagner les échanges. Dans un environnement international marqué par la recomposition des alliances et la recherche de nouveaux partenariats, le Burkina Faso et l’Iran semblent ainsi vouloir consolider une relation fondée à la fois sur leurs convergences politiques et sur des intérêts économiques et stratégiques communs.