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Alhadji Mohamed Dala : « Après sept ans de service rendu au pays, je suis très déçu »

Le président du comité de vigilance de la localité de Kolofata et conseiller municipal explique les circonstances de leur arrestation, après 13 mois passés à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui avec ses quatre autres frères, pour avoir été accusé de financer boko haram.

Vous êtes libérés de la prison centrale de Yaoundé-Kondengui le 28 juillet, comment vous vous portez depuis votre sortie ?

Je me sens un peu fier, parce que je suis libre. En même temps, je me sens très déçu parce que je ne méritais pas la prison. J’ai été trahi. Mais à côté de cela, depuis notre sortie, il y a des proches, amis et certains éléments du Bir qui nous contactent pour nous réconforter. D’autres s’inquiètent si tous se passe bien après notre sortie de la prison. Ils sont pressés de nous revoir au village. Sinon, globalement, tous se passe bien par la grâce de Dieu. Je voudrais quand même dire que la prison n’est pas un endroit à souhaiter à quelqu’un.

Vous entrez à la prison le 14 juin 2021 et vous y passez pratiquement 13 mois. Racontez-nous comment s’est passé votre séjour dans cette clôture ?

Vous savez, la prison c’est la prison. Quand tu te lèves le matin, tu es debout ou assis comme tous les autres. On y vend presque tout. Si tu as de l’argent, tu t’offres quelque chose à manger ou tu prépares. Si tu n’as rien, tu attends la ration pénale. Il y a également quelque chose qu’on a découvert en prison ; c’est ce qu’on appelle « le bain de soleil ». C’est un moment pendant lequel, on sort pour regarder le soleil. Et là même, il fallait avoir la chance de tomber sur un gendarme ou gardien gentil. Et c’est d’ailleurs pendant ce moment que nous avons rencontré Me Nicodemus Amungwa qui, lui aussi, était en prison. On a fait connaissance et il a promis de nous aider. Et il l’a fait en nous défendant au tribunal militaire. C’est là-bas qu’on a découvert qu’il était avocat. On lui dit sincèrement merci.

Vous faites la prison pour avoir été accusé de financer le groupe terroriste boko haram à l’Extrême-Nord. Comment s’est passée votre arrestation ?

Je suis à Kolofata, mon téléphone sonne. Je vois le numéro d’un lieutenant avec lequel on a l’habitude de travailler. Il me demande de venir au camp du Bir à Mora. C’est ainsi que j’ai pris 2 000 FCFA chez ma maman pour louer la moto afin de m’y rendre. Quand j’arrive, on me donne une chaise et on m’auditionne. Après je reprends la route pour Kolofata. En cours de chemin, le lieutenant me rappelle pour me demander de revenir. Quand je reviens, on me demande de suivre un militaire, et c’est celui-ci me met en cellule. Je quitte la localité de Mora le 2 mars 2021 avec Sali Abaï pour la Sémil. On arrive à Yaoundé le 4 mars 2021, dans la nuit. Le 31 mars 2021, on nous envoie au Sed. C’est là-bas qu’on découvre qu’en principe, on est accusé de financer boko haram avec mes quatre autres frères. On nous transfert à la prison de Kondengui le 14 juin 2021.

Vous intégrer le comité de vigilance de Kolofata dont vous en êtes le président très jeune, quelles étaient les conditions de travail jusqu’à votre arrestation ?

Je suis membre du comité de vigilance de Kolofata depuis 2014.  Je suis le seul enfant que ma maman a mis au monde. Elle n’a jamais accepté que je sois membre du comité de vigilance. Mais, je lui disais tout le temps qu’elle soit forte, ça va passer. Quand j’étais en prison, certains éléments du Bir ont cotisé pour que ma mère vienne me rendre visite en prison. Au départ, nous étions onze. Plus tard, on s’est retrouvé à 45 éléments. Avec la sensibilisation et autres, on s’est retrouvé à 701 éléments. On travaille de 6h à 18h. On partait poster dans les périphériques des villages.

Les éléments du Bir venaient nous relever à 18h jusqu’à 6h, ainsi de suite. Comme il n’y avait pas de salaires, ni de bonnes motivations, on s’est retrouvé à 521 éléments repartis en 21 sous-comités dont j’étais le président. Je me retrouve avec 521 membres parce que les autres sont morts dans les explosions, kamikazes, maladies. Certains ont laissé parce qu’on ne gagnait rien. J’ai été formé à l’Eiforces à Yaoundé sur la notion des engins explosifs improvisés et autres. J’étais le seul civil, avant qu’on ne m‘arrête, qui pouvait entrer au camp des Bir à n’importe quelle heure. Je passais tout  mon temps au poste et camp du Bir.

Je travaillais avec comme traducteur pour le Bir, pendant des années. On a fait des missions ensemble. On n’avait pas de salaires. Quand on posait un acte de bravoure, on nous donnait du riz, sel, sucre ou de l’huile. On était pas bien équipé. Nos matériels de travail étaient le sifflet, la machette et le couteau.

Après 7 ans de lutte contre le terrorisme qui vous a valu le  poste de conseiller municipal, vous êtes accusés de financer ce même groupe terroriste qui est principe votre ennemi. Souhaiterez-vous reprendre la bataille dans votre village ?

Cela dépendra des autorités administratives. Si elles trouvent que je suis bon et peux toujours travailler avec eux, je vais continuer. Mais, si c’est le contraire, je vais rester à l’écart. Et cela ne va pas m’empêcher d’alerter un cas suspect de boko haram, si jamais cela arrive. J’attendrai de voir également la décision des autorités quant à mon poste de conseiller municipal. Kolofata était une zone très riche. On a tous perdu à cause de la guerre. Les gens étaient obligés de fuir pour aller se refugiés ailleurs. C’est de notre devoir de protéger le peu qui nous reste aujourd’hui dans l’arrondissement de Kolofata.

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