
Le Mali tourne une page décisive de son histoire économique. En adoptant les textes portant création de la Société des Textiles du Mali (SOTEX-Mali), les autorités affichent une ambition claire : en finir avec le paradoxe d’un géant agricole qui exporte l’essentiel de sa richesse à l’état brut.
Briser la malédiction de la matière première
Jusqu’à présent, le constat était implacable : près de 98% de la fibre de coton malienne quittait le territoire national sans aucune transformation locale. Une manne financière et des milliers d’emplois envolés vers des usines étrangères.
Avec la SOTEX-Mali et la mise en service imminente d’une usine dotée d’une capacité de traitement de 40 000 tonnes de fibre par an, le pays entend reprendre le contrôle de sa filière. L’entreprise publique interviendra sur l’ensemble de la chaîne de valeur:
- Industrie: Filature, tissage, tricotage, teinture et ennoblissement.
- Finition : Confection, conditionnement et commercialisation.
- Capital humain : Promotion de la recherche, innovation et formation professionnelle pour professionnaliser les compétences locales.
Un contexte sous tension, une vision intacte
Ce virage stratégique intervient dans un climat agricole exigeant. Après une campagne record de plus de 656 000 tonnes en 2024-2025, la production a chuté à environ 433 000 tonnes pour la saison 2025-2026. En cause : les aléas climatiques, les difficultés d’accès aux intrants et l’insécurité persistante dans certaines zones de production.
Malgré ces vents contraires, le gouvernement maintient le cap et table sur un rebond rapide. La future unité industrielle servira de catalyseur pour dynamiser la production et structurer un marché intérieur plus compétitif.
Au-delà de nos frontières : l’impératif africain
Le pari de la SOTEX-Mali dépasse les frontières nationales. Il résonne comme un cri d’alarme et d’espoir pour l’ensemble du continent africain : transformer sur place ses propres matières premières pour s’affranchir de la dépendance extérieure, bâtir une véritable souveraineté économique et offrir à la jeunesse des perspectives d’avenir durables.